Incarcérée depuis janvier 2024 pour l’assassinat de son ancien compagnon Benjamin Arnauné à Lesponne, près de Bagnères-de-Bigorre, Tatiana Boirie a comparu ce mardi devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Pau pour solliciter sa remise en liberté. Une requête examinée quelques jours seulement après son renvoi devant la cour d’assises des Hautes-Pyrénées, où elle devra prochainement répondre d’un crime passible de la réclusion criminelle à perpétuité.
Qui ne tente rien n’a rien. C’est ainsi que l’on pourrait résumer la demande de remise en liberté formulée devant la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Pau, ce mardi 23 juin, par Tatiana Boirie.
Accusée d’avoir assassiné son ancien conjoint Benjamin Arnauné, dans la nuit du 29 au 30 décembre 2023 à Lesponne, près de Bagnères-de-Bigorre, la jeune femme de 35 ans a comparu pour solliciter sa remise en liberté. Une requête formulée quelques jours seulement après l’ordonnance de mise en accusation rendue le 12 juin dernier devant la cour d’assises des Hautes-Pyrénées. Une décision dont elle a également fait appel.
De quoi susciter l’incompréhension de l’avocat général, Éric Tufféry. « Se rend-elle compte de ce qu’elle a avoué avoir fait ? Se rend-elle compte qu’elle encourt la réclusion criminelle à perpétuité ? », s’est-il interrogé avant de s’adresser directement à l’accusée. « Vous vous présentez ici comme si vous formuliez une demande de libération devant le juge de l’application des peines. Mais avant tout cela, il va y avoir un procès dans les prochains mois. »
Seule face à ses actes
Excès d’assurance, méconnaissance du fonctionnement judiciaire ou simple volonté de tenter sa chance ? Une chose est sûre, l’audience a parfois pris des allures déroutantes.
Déjà « lachée » par deux avocats au cours de la procédure, Tatiana Boirie, qui nie toujours avoir prémédité son geste fatal, est désormais défendue par Me Plouton du barreau de Bordeaux. Pourtant, c’est seule qu’elle a fait son entrée dans la salle d’audience. Dans l’assistance, seuls quelques journalistes avaient fait le déplacement. Ni son conseil ni aucun membre de sa famille n’étaient présents pour assister aux débats.
Vêtue d’une combinaison blanche et rose, ses longs cheveux désormais poivre et sel noués en une épaisse tresse, la jeune femme est apparue face aux magistrats avec un large sourire. D’une voix presque enfantine, elle a salué la cour d’un enthousiaste « bonjour », contrastant avec l’extrême gravité de la situation examinée.
La présidente a alors repris le fil du dossier. « Il apparaît de l’enquête que votre conjoint vous a demandé à plusieurs reprises de quitter le logement que vous occupiez. Il vous avait fixé un ultimatum au 31 décembre », a-t-elle rappelé.
Une tendance à la victimisation
Une séparation que l’accusée aurait refusé d’accepter. Décrite par les experts psychiatres comme présentant un profil abandonnique avec une forte tendance à la victimisation, Tatiana Boirie n’aurait jamais accepté que Benjamin Arnauné reconstruise sa vie auprès d’une autre femme.
L’enquête a notamment révélé qu’elle s’était introduite plusieurs semaines avant les faits au domicile de la nouvelle compagne de la victime, en pleine nuit, munie d’un marteau, d’un briquet et de liquide inflammable.
Au fil de l’énumération des éléments du dossier, l’accusée est restée impassible. Son visage ne s’est véritablement fermé qu’au moment où la présidente a évoqué ses propres déclarations en garde à vue et devant le juge d’instruction. Tatiana Boirie avait alors expliqué avoir voulu mettre fin à ses jours après avoir tiré sur Benjamin Arnauné avec un fusil de chasse, avant d’incendier le gîte où se trouvait le corps.
Des larmes ont alors commencé à couler sur ses joues. Une magistrate lui a discrètement tendu un paquet de mouchoirs.
« Je regrette, mais je l’ai assez dit »
« Ne nous y trompons pas, si nous avions devant nous un homme, les faits seraient les mêmes », a tenu à rappeler l’avocat général, manifestement soucieux de ne pas laisser la fragilité apparente de l’accusée occulter la nature des accusations portées contre elle.
Invitée à prendre la parole en dernier, Tatiana Boirie a alors changé de ton et a tenu tête au magistrat. « Je me rends compte de ce que j’ai fait. J’y travaille depuis des mois en prison. Je regrette, mais ça, je l’ai assez dit », a-t-elle osé.
Pour justifier sa demande de remise en liberté, la jeune femme a notamment évoqué des problèmes de santé, affirmant souffrir d’un kyste nécessitant une intervention chirurgicale.
Afin de convaincre la cour de ses garanties de représentation, elle a produit une attestation rédigée par une codétenue qui s’engagerait à lui mettre à disposition un appartement à Bordeaux en cas de remise en liberté. Une proposition qui n’a pas semblé de nature à faire vaciller les réquisitions du parquet général.
À l’issue des débats, l’accusée a quitté la salle d’audience avec peu d’espoir apparent de retrouver la liberté. La chambre de l’instruction rendra sa décision dans une semaine.


