Quelques jours après la visite du pape Léon XIV à Lourdes, l’évêque du diocèse, Mgr Jean-Marc Micas, revient dans un entretien sur cet événement historique. Il retient notamment la forte émotion du Saint-Père durant son passage dans la cité mariale.
Pour un évêque, on imagine qu’accueillir le pape Léon XIV dans son diocèse doit être un moment exceptionnel à vivre. Avec quelques jours de recul, mesurez-vous ce qu’il s’est passé le week-end dernier à Lourdes ?
Mgr Micas : De plus en plus, surtout depuis qu’il est reparti. Le samedi et le dimanche étaient tellement intenses que je pense ne pas avoir eu le temps de réaliser ce qu’il se passait… Évidemment, accueillir le pape dans son diocèse, ce n’est pas banal. Et vivre ce qu’on a vécu ce week-end, de son arrivée du samedi soir jusqu’à son départ le lundi matin, c’est vraiment extrêmement fort. C’est quelque chose qui arrive peut-être une seule fois dans la vie d’un évêque… Je suis très touché d’avoir vécu ça.

Cette visite a nécessité une énorme organisation. Est-ce que tout s’est passé comme prévu ?
Hélas, pas tout à fait. Le plus dur a été, pour moi, de savoir que des personnes n’ont pas pu accéder au Sanctuaire juste avant la messe parce que le pape avait une demi-heure d’avance à un endroit et qu’une porte s’est donc fermée une demi-heure plus tôt… Le temps de se remettre sur le bon chemin, c’était trop tard. C’est une grande peine que des gens aient fait tous ces efforts et se soient retrouvés bloqués aux portes du Sanctuaire sans pouvoir vraiment y accéder.
Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ce week-end ?
J’ai envie de dire l’émotion du pape lui-même, sa manière d’être, sa personnalité… Et ce, dans toutes les rencontres, qu’elles soient très grand format, pour des grandes célébrations, ou qu’elles soient dans un format très restreint, avec les personnes victimes de violences sexuelles par exemple. Il y a une gentillesse, c’est le mot qui me vient immédiatement, qui émane de sa personnalité, mais aussi un calme, une douceur, une véritable attention aux personnes… En tant qu’évêque du diocèse et du peuple d’ici, j’ai été touché qu’il soit aussi attentif aux gens et je l’ai sincèrement remercié pour cela.
Le pape est venu à Lourdes en tant que « pèlerin parmi les pèlerins », une image qui restera…
J’ai souhaité très fort qu’il soit comme tous ceux qui viennent à Lourdes. Et c’est ce qu’il a fait dès le samedi soir à la Grotte en posant les gestes de Lourdes. Lui-même a indiqué, à l’occasion de son retour à Rome, qu’il s’est fait « pèlerin parmi les pèlerins ». Et pour illustrer cela, il a mentionné précisément la procession mariale comme ayant été un moment très fort pour lui.

On a l’impression que le pape était véritablement heureux d’être à Lourdes. Qu’en pensez-vous ?
Je confirme : il me l’a dit et l’a répété à plusieurs reprises. Avec moi, il est aussi revenu sur sa rencontre avec les personnes victimes d’abus sexuels. Il en a retenu vraiment des choses, qu’il dira sans doute prochainement à l’ensemble des évêques, par rapport à ce qu’il s’est passé, ce qu’il a entendu, ce qu’il a retenu…
Justement, peut-on s’attendre à des décisions particulières suite à cette rencontre ?
Je pense que c’est un sujet sur lequel il est extrêmement sensibilisé, parce qu’il est le pape, parce qu’il sait ce qui se passe dans l’Église et dans le monde… À Lourdes, il a voulu rencontrer sept victimes ; un format d’ailleurs vivement critiqué par des collectifs de victimes. Personnellement, je pensais qu’il allait rencontrer les sept personnes ensemble. Mais non, il m’a dit qu’il voulait les rencontrer chacune, une par une ! De fait, il a passé un quart d’heure avec chaque personne, puis un huitième quart d’heure avec le groupe après les avoir rencontrées personnellement… Ça a donc duré deux heures au lieu des 45 minutes prévues initialement. Un moment bouleversant, tant pour ces personnes, que pour lui.
Pour revenir à la question, est-ce que ça va changer quelque chose dans son discours ? Oui, ça change toujours quelque chose. Et je pense qu’il aura, à l’adresse des évêques, des paroles fortes, animées de l’intérieur par cette rencontre.
Un autre moment fort de son passage à Lourdes a été sa rencontre avec les malades au pied de l’Accueil Notre-Dame…
J’ai été témoin de son émotion physique à ce moment-là. Et puis, son discours à l’Accueil Notre-Dame était très attendu dans notre contexte français, avec la loi relative au droit à l’aide à mourir et tous les débats qu’il y a eu autour… Le contenu n’est pas différent de ce à quoi on pouvait s’attendre. Mais c’est surtout le ton employé et la manière dont il a été accueilli qui ont été marquants. Il était là devant les personnes malades et c’est à elles qu’il s’adressait en priorité. « Ne vous laissez jamais dire que votre vie n’est pas digne d’être vécue » : ce sont des paroles fortes quand elles s’adressent, non pas à des hommes politiques, mais à des personnes concernées au premier chef.
Pensez-vous que Léon XIV reviendra un jour à Lourdes ?
Je l’espère et je l’ai invité à revenir, en lui disant qu’il est chez lui ici. Lui m’a dit qu’il rêverait de revenir incognito, de passer du temps silencieusement à la Grotte, de prier, se poser… Ce qui est malheureusement impossible pour un pape. Est-ce qu’il reviendra ? Il a 71 ans et il est en forme donc on peut penser que son pontificat sera long. J’espère qu’il reviendra un jour mais ce ne sera pas de sitôt car d’autres lieux en France l’attendent… Et puis, il faut aussi qu’on s’en remette maintenant car une visite papale mobilise énormément de moyens, de personnes, de temps, de stress et d’argent aussi (sourire).


