Le 10 avril 1944, un lundi de Pâques, des membres du réseau Buckmaster, originaires des villages environnants, s’organisent depuis Séméac pour réceptionner plusieurs containers parachutés par les Alliés à Calavanté. Aujourd’hui, le chemin de ces jeunes résistants à travers le bois du Rebisclou reprend vie avec des témoignages interactifs et immersifs, inauguré ce samedi.
« À chaque cérémonie organisée ici, sur la stèle Buckmaster, on voyait s’engouffrer ce chemin et son histoire. C’est important d’arriver, au bout d’une quinzaine d’années, à rendre ce bel hommage à tous ces jeunes résistants. » Ce chemin que pointe du doigt Michel Abeilhe, adjoint aux affaires culturelles à la mairie de Séméac et membre du collectif Histoire et Mémoire, c’est celui arpenté par des résistants des villages de l’Est de Tarbes.

En ce lundi de Pâques 1944, lorsque résonne sur les ondes de Radio Londres le message « L’araignée a tissé sa toile », tous savent et prennent la route jusqu’au chemin des crêtes, avant de pénétrer sur ce chemin, à travers le bois du Rebisclou. Leur objectif, 4,2 km plus loin, la zone de Las Coustères, à Calavante, cible d’un largage attendu par la Résistance de dix containers (neuf seulement seront parachutés), d’armes, de munitions, d’argent pour ces jeunes pour certains dans la clandestinité la plus totale, et de matériels aussi divers que nécessaires. « On tenait à mettre en lumière cette histoire que les gens qui parcouraient ce chemin ne connaissaient pas forcément, poursuit Philippe Baubay, le maire de Séméac. Il y avait déjà eu une volonté de transmettre cette histoire de la Résistance ici, avec la stèle Buckmaster dressée en 2003 en l’honneur de ce réseau et d’André Nogues. On a voulu créer quelque chose d’immersif, de ludique, d’interactif et d’accessible à tous, pour rendre cette mémoire vivante. C’était important d’en parler avec les outils d’aujourd’hui. »
Ainsi sur ce parcours de 4,2 km (la boucle complète fait 7,6 km) serpentant à travers six communes, toutes parties prenantes du projet, un outil pédagogique et citoyen a vu le jour, avec dix panneaux pédagogiques mais aussi dix capsules audios accessibles via des QR codes pour enrichir cette promenade sur ce chemin mémoriel. « Un important travail de recherche de documents, de témoignages a été réalisé par Olivier Quéro, journaliste, avec le concours du collectif et de Thomas Ferrer, historien. On a fait témoigner les descendants de ces résistants. On a ouvert les coffres dans les familles de ces résistants qui ont répondu spontanément. Les collégiens, les écoliers aussi ont été impliqués et lisent des témoignages, des anecdotes des résistants, qu’on peut écouter tout en cheminant, en regardant le petit chemin en contrebas, caché par la végétation et donc plus discret, arpenté par ces résistants. On a appris par exemple que pour éclairer la zone de largage, ils avaient eu recours à des dynamos de vélo. Ou encore que le dixième container, celui qui était reparti en Angleterre, abritait des cigarettes et du chocolat, ce qui avait chagriné ces jeunes-là. » Une histoire dans la grande Histoire désormais tirée de l’oubli…


