La famille du secours en montagne a rendu hommage à ses héros disparus ce mercredi à Laloubère. Dix ans après le crash du Vignemale, une stèle forgée par leurs pairs perpétue la mémoire des quatre gendarmes morts en mission, « engagés jusqu’au don ultime ».
Derrière les hélicoptères posés sur l’aérodrome de Laloubère, les Pyrénées découpent l’horizon. Ces sommets où se projettent quotidiennement avec conviction et engagement les secouristes de montagne se dressent aussi comme la barrière où ils se brisent.
Ce fut le cas ce 20 mai 2016, lors de cet accident dramatique survenu dans le massif du Vignemale, au glacier des Oulettes de Gaube, au cours d’une phase de préparation opérationnelle. Quatre gendarmes y perdirent la vie : le capitaine Jean-Christophe Royer et le major Dominique Jamet, pilote et mécanicien du Choucas 65 de la DAG, et les adjudants-chefs Christophe Cavaillès et Lionel Loussalez-Artets, secouristes au PGHM de Pierrefitte-Nestalas.

Dix ans après, une cérémonie a honoré leur mémoire à la Section aérienne de gendarmerie, sur l’aérodrome de Laloubère, en présence des autorités, mais aussi de représentants des PGHM de toute la France, et de tous les acteurs du secours en montagne et même de la sécurité civile.
« Leur mission consistait à équiper la sortie du couloir de Gaube de points d’ancrage, indispensables à la réalisation d’ascensions et à la conduite de secours sur cet itinéraire d’alpinisme particulièrement engagé, remémorera le général de division Thibaut Lagrange. Ils ont perdu la vie dans cet accident d’hélicoptère après avoir sauvé à maintes reprises celle de victimes en grand péril, sans jamais avoir ménagé ni leur temps ni leurs peines dans l’exercice de leur devoir. Ils savaient que le maintien en condition opérationnelle et les phases d’entraînement ne sont jamais anodins en haute montagne où chaque arête, chaque masse d’air peuvent être des traîtres qui s’ignorent. Leur départ prématuré n’a pas été vain et ne le sera jamais. Ils étaient tous des hommes passionnés par leur métier, partageant une haute considération de leur vocation. Aujourd’hui, nous nous remémorons nos quatre frères d’armes, avec une pensée pour le capitaine Olivier Mariande, secouriste à la CRS Pyrénées disparu en mission il y a un an. Leur engagement rappelle l’exigence, le risque et le sens profond de votre mission pour la sécurité des Français et la sauvegarde des vies humaines, jusqu’au don ultime. J’exprime la gratitude et la reconnaissance du pays pour ceux qui servent ces unités d’élite, quelle que soit la couleur de leur uniforme. »

« Beaucoup d’émotions » pour les familles
Des mots qui ont trouvé un écho parmi les familles des quatre gendarmes présentes la veille déjà, pour cheminer jusqu’au lac de Gaube. « C’est beaucoup d’émotions depuis hier et la montée en procession avec les gendarmes qui nous a réchauffé le cœur, concèdent Béatrice et Lisa, l’épouse et la fille de Dominique Jamet. La cohésion, la fraternité, l’humilité indéfectible des secouristes nous impressionnent toujours autant et forcent le respect. C’est triste et beau, une fierté aussi de voir qu’ils ne sont pas oubliés par cette vraie famille. »


Ce 20 mai 2016, Jean-Marc Bougy, commandant du PGHM, était de permanence. Une douleur toujours vive dix ans après, que cette cohésion aide à cicatriser. « L’équipe du PGHM s’est reconstruite. Dix ans après, ils sont restés hyper soudés. Mon successeur a fait perdurer cette mémoire. Quelque part, ce drame a densifié la cohésion. Je suis un peu plus apaisé qu’il y a dix ans parce que les familles ont fait preuve de force et de dignité. Il y a un passage transgénérationnel, avec de jeunes secouristes qui ont traversé la France aujourd’hui pour saluer la mémoire de leurs anciens. Dans la difficulté, tous les acteurs du secours se retrouvent unis. Mais c’est sûr que depuis dix ans, tous les mois de mai sont difficiles. Cet hommage, ce beau témoignage-là fait chaud au cœur. »


Une stèle forgée au PGHM
Cette cérémonie a été l’occasion de dévopiler la stèle qui se dressera devant le PGHM de Pierrefitte-Nestalas. « Elle symbolise le perpétuel engagement de ces pilotes, mécaniciens, secouristes, médecins, dans un esprit de confiance mutuelle. Tous ces hommes et femmes qui n’ont jamais cessé de décoller et de s’engager malgré le danger. » Une stèle reprenant le décor du Vignemale, l’hélicoptère EC145, le piolet et la grenade, forgée et réalisée par deux secouristes du PGHM de Pierrefitte, le brigadier Elian Brana et l’adjudant Eric Cuel qui ont découpé, soudé et donné vie à la tôle pour la mémoire des leurs.


