Les Hautes-Pyrénées ont perdu 20 % de leurs pharmacies en dix ans. Il s’agit du deuxième département avec le plus de fermetures dans le pays. Alors ici, les pharmaciens sont particulièrement inquiets, notamment dans les zones rurales où de nouvelles fermetures pourraient avoir de lourdes conséquences sur la santé des habitants… On vous explique tout sur cet enjeu sanitaire majeur sur le territoire.
Vous les avez peut-être vus fermer au cœur de vos villes et villages ces dernières années. Dans plusieurs pharmacies, la fameuse croix verte s’est éteinte.
Car depuis dix ans, les Hautes-Pyrénées connaissent une forte baisse du nombre d’officines. En décembre 2015, 103 pharmacies d’officine étaient décomptées dans le département, elles ne sont plus que 82 au dernier recensement en mai 2026, soit – 20,4 % en dix ans.
Une baisse beaucoup plus importante qu’entre 2005 et 2015, seulement six pharmacies avaient alors tiré le rideau. Le département serait ainsi le deuxième le plus touché, tout juste derrière l’Allier.
Un constat alarmant en ville et en zone rurale
Parmi les villes les plus affectées du département, Tarbes a perdu sept pharmacies en dix ans, Lourdes en a perdu deux. « Plusieurs pharmacies avaient ouvert avec des régimes dérogatoires, notamment dans les zones touristiques. Ça tenait grâce à l’afflux, mais il y a eu un ralentissement du tourisme, couplé à la baisse des marges qui ont conduit certaines structures à fermer », explique Guillaume Laffont, président du syndicat des pharmaciens des Hautes-Pyrénéens.
Un constat alarmant, même si les Hautes-Pyrénées restent toujours bien fournies. Selon l’Ordre national des pharmaciens, le pays compte en moyenne 29 officines pour 100 000 habitants, alors que les Hautes-Pyrénées dépassent les 33. Un chiffre qui « décrit très mal la réalité », soutient pourtant le président du syndicat. En particulier dans les zones rurales et de montagne.
Car là-bas, le modèle économique est moins porteur, souffle-t-il : « Une petite structure est peu rentable dans l’absolu, avec un seul pharmacien et un préparateur », et donc peu attractive si quelqu’un souhaitait la reprendre… « Il faudrait trouver quelqu’un qui accepte de s’endetter, d’exercer seul à 60 heures par semaine, le nombre de candidats se réduit alors à peau de chagrin. »
Pierrefitte, Luz, Arrens… Des pharmacies en difficulté
Une réalité bien tangible. À Pierrefitte-Nestalas, l’officine a déjà fermé. Du côté d’Argelès-Gazost, de deux pharmacies il n’en reste plus qu’une. Dans le Pays Toy, de trois pharmacies en 2010 à Luz, Barèges et Esquièze-Sère, il n’en reste qu’une seule. Et le château de cartes pourrait continuer de tomber, comme à Arrens-Marsous, par exemple, où il est difficile de trouver un repreneur.
Et pour les nouveaux, l’inquiétude gagne. Installé à Aureilhan depuis 2019, le pharmacien Olivier Monlezun n’est pas affolé dans l’immédiat, mais il se questionne : « À l’époque, j’ai eu la chance d’avoir des taux d’emprunt assez faibles. Si j’avais dû m’installer cette année, quand je vois le nombre de fermetures, les taux d’emprunt, les perspectives… Est-ce que je l’aurais fait ? J’ai des confrères, installés depuis moins longtemps que moi, un peu inquiets et qui serrent les dents sur leur trésorerie. Ils attendent leur bilan avec plutôt de l’anxiété que de la tranquillité. »
Une réalité implacable ?
Ce qui est certain, c’est que le métier fait moins rêver. Les officines sont de moins en moins rentables, avec des médicaments moins bien remboursés et des charges toujours plus hautes. « Il faut redonner de l’attractivité », continue Guillaume Laffont. Comment ? D’abord en revalorisant la rémunération, « trouver un autre mode, décorréler le revenu des pharmacies de ce qu’on délivre. »
Et puis, plus recruter dès l’université. Même si certains signaux peuvent donner un peu d’optimisme : « Il y avait une baisse constatée d’étudiants en pharmacie en France, il y a trois ou quatre ans. Depuis deux ans, on voit que c’est en train de remonter, notamment sur la filière officine », explique Bruno Galan, président de l’ordre des médecins en Occitanie. Il faudra de toute façon arriver à « faire en sorte que les promotions soient remplies avec des gens du territoire », souligne Guillaume Laffont.
Pour enrayer le problème, des tests sont menés, comme la mise en place d’ »antennes » de pharmacies, ouvertes dans des officines qui ont fermé et pourraient rester rouvrir ponctuellement sous la tutelle d’une pharmacie principale. Et les aînés devront faire des efforts pour « aider les jeunes à s’installer », continue le président régional de l’ordre.
En tout cas, « il est urgent de trouver une solution », s’alarme Guillaume Laffont. Même si le médicament ne sera pas facile à trouver pour guérir nos officines.


