DÉCRYPTAGE. Pourquoi 400 points de collecte de vêtements ferment dans les Hautes-Pyrénées ?

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Depuis le 1er juin, 400 bornes Le Relais ont disparu du paysage dans les Hautes-Pyrénées. Submergée par des vêtements de mauvaise qualité issus de l’ultra fast fashion, la structure solidaire n’arrive plus à rentabiliser le tri de ses textiles et voit ses emplois d’insertion menacés. On vous explique.

Moins de bornes dans nos rues. Depuis le 1er juin dernier, Le Relais a été contraint de réduire fortement son réseau de collecte de vêtements, linge et chaussures. Dans les Hautes-Pyrénées, ce sont ainsi 400 conteneurs qui disparaissent progressivement du paysage local. Une décision radicale mais inévitable pour l’entreprise solidaire, dont le modèle économique est poussé à bout par les mutations du marché textile.

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L’ultra fast fashion met la filière sous pression

Le constat n’est pas nouveau. Porté par l’essor de plateformes chinoises telles que Shein et Temu, le marché du textile est submergé de vêtements synthétiques de très faible qualité. Ces articles à bas coût sont rapidement jetés, puis s’avèrent trop dégradés pour connaître une seconde vie sur le marché de l’occasion.

“Le problème, c’est qu’on a de plus en plus de vêtements à trier, ce qui demande plus de main-d’œuvre, mais sans pour autant avoir plus de revenus derrière”, explique David Péré, responsable de Le Relais 65. Pour une tonne de vêtements, l’entreprise ne récupère plus que 150 euros, alors que le traitement lui en coûte 250. Et pour cause, la moitié des dons provient aujourd’hui de l’ultra fast fashion. Le compte n’y est tout simplement plus pour l’entreprise solidaire.

L’insertion sociale fragilisée

Afin de limiter les pertes, la structure a fait le choix de supprimer 4 000 conteneurs au niveau national, dont 400 dans les Hautes-Pyrénées et 280 dans les Pyrénées-Atlantiques. “C’est aussi une mesure préventive, pour qu’on puisse reprendre la main sur les flux”, précise David Péré. Mais l’activité locale accuse déjà le coup : dans ce contexte économique tendu, deux contrats n’ont pas pu être renouvelés.

Car au-delà du recyclage, c’est toute la mission sociale de l’organisme qui se trouve menacée. L’entreprise solidaire, membre du réseau Emmaüs France, fonde en effet son action sur la réinsertion professionnelle pour redonner autonomie et dignité aux personnes éloignées de l’emploi.

Le Relais a été contraint de réduire fortement son réseau de collecte de vêtements, linge et chaussures.
Le Relais a été contraint de réduire fortement son réseau de collecte de vêtements, linge et chaussures.
DDM, NRP – Camille Perdriaud

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Ce sont ainsi les 17 contrats d’insertion de 24 mois du département qui se retrouvent directement fragilisés par la situation. “Alors qu’à l’échelle nationale 60 contrats en réinsertion ont été supprimés, le département ne se débrouille pas si mal. Mais on ne peut pas non plus se satisfaire de la situation : notre priorité est de réussir à maintenir ces emplois”, explique David Péré.

“On ne peut rien en faire”

Pour l’instant, la crise ne semble pas impacter l’approvisionnement des quatre friperies Ding Fring installées dans le 64 et le 65. Même si l’on retrouve déjà des marques comme Shein dans les étalages, les professionnels arrivent encore à dénicher “la crème”, ces vêtements de bonne facture capables de séduire les acheteurs.

Pour l’instant, la crise ne semble pas impacter l'approvisionnement des quatre friperies Ding Fring installées dans le 64 et le 65.
Pour l’instant, la crise ne semble pas impacter l’approvisionnement des quatre friperies Ding Fring installées dans le 64 et le 65.
DDM, NRP – Camille Perdriaud

L’inquiétude grandit toutefois quant à la pérennité du modèle. “La question sur le long terme se pose sérieusement… Qu’est ce qu’on fait de tous ces vêtements ? On ne peut rien en faire”, s’interroge le responsable.

Jusqu’ici, l’entreprise avait trouvé une parade pour revaloriser les textiles impropres à la seconde main en les transformant en isolant pour bâtiment, sous la marque Métisse. Mais l’opération est irréalisable avec les articles chinois, jugés de bien trop mauvaise qualité. “C’est tout le schéma de la récupération qui est foutu en l’air”, déplore le responsable, mettant ainsi en lumière toute l’impasse dans laquelle se trouve la filière.



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