Benoît Mournet sait que le RN a de grandes chances de gagner cette deuxième circonscription. Pourtant, le député sortant Renaissance a refusé d’aller sur la première. Il veut combattre jusqu’au bout et créer la surprise, comme en 2022.
Benoît Mournet, le député sortant Renaissance de la deuxième circonscription des Hautes-Pyrénées, repart au combat avec une nouvelle suppléante, Stéphanie Marquez. Il a fait cette annonce, entouré de Gaëlle Vallin, la suppléante sortante, et de proches, ce vendredi 14 juin dans son local de campagne à Tarbes. Thierry Lavit, le maire de Lourdes, était excusé. Il sait que le RN peut l’emporter. Il aurait pu partir sur la première circonscription des Hautes-Pyrénées. Il a refusé cette offre et s’en explique.
Les élections européennes et la dissolution
« Nous avons eu des élections européennes avec de très mauvais résultats pour la majorité présidentielle. On ne peut pas dire autre chose. Il y a eu également une poussée inédite du Rassemblement National dans tout le pays et notamment dans les Hautes-Pyrénées, sauf à Paris. Face à cela, le président de la République, même s’il a peut-être surpris beaucoup de monde, a fait un choix que je trouve logique, même s’il m’a surpris aussi. Lorsqu’on y réfléchit à froid, cela va finalement clarifier les choses. Est-ce que les Français ont voté aux élections européennes avec l’intention d’envoyer un message de mécontentement et de colère profonde, ou est-ce qu’ils veulent vraiment que le Rassemblement National prenne les commandes du gouvernement de la République ? Ce n’est pas une élection présidentielle. Le président est élu pour 5 ans. Quoi qu’il arrive, il est là jusqu’en 2027. C’est une élection législative pour décider de la composition du gouvernement. Les électeurs de la 2ème circonscription doivent dire qui ils veulent pour les représenter à Paris. Depuis le début de mon mandat, je passe 50 % de mon temps à Paris et 50 % sur la circonscription. Je suis sur ma circonscription car c’est là où nous avons notre légitimité. On travaille sur le terrain. On prend les sujets en main. Mais le mandat est national. L’objectif est de porter les sujets à Paris afin de porter la voix des Hautes-Pyrénées. Cela implique de travailler tous les jours, y compris le week-end. C’est un engagement complet et total. Je le fais avec passion et plaisir. »

Qui pour gouverner le pays ?
« Qui veut-on au gouvernement de la République ? Malheureusement ou heureusement, il y a trois blocs. La gauche est fracturée en deux. Il y a ceux qui considèrent que le travail est une aliénation et qu’il faut travailler le moins possible. Il y a ceux qui considèrent que le travail est un facteur d’émancipation et que cela finance les services publics. Je représente cette gauche sociale-démocrate qui existe encore dans ce pays. Il y a aussi cette gauche qui s’est laissée satelliser par la France Insoumise. Ce parti, le dirigeant de ce parti, flirte ouvertement avec l’antisémitisme, le communautarisme, et le rejet des institutions. Je regrette, je déplore et je dénonce que malheureusement une partie de la gauche qui faisait partie de l’arc Républicain, à savoir le Parti Socialiste et les écologistes, se soit vendue pour des sièges avec une alliance complètement contre nature avec La France Insoumise, par rapport à leurs propres valeurs et à ce qu’ils défendent. Cette coalition NUPES nouvelle formule, car il est indécent d’appeler cela Front Populaire, est une martingale électorale afin de sauver le maximum de sièges. Ce n’est pas une offre de gouvernement. Sur le travail, l’énergie nucléaire, sur la politique étrangère de la France, ils ne sont pas d’accord. Voter pour eux, c’est aller vers un mandat d’opposition pour les plus virulents ou de témoignage pour les autres. Jamais les radicaux de gauche n’iraient s’allier avec LFI. Eux n’ont jamais perdu cette boussole Républicaine. Je constate que ce n’est pas le cas du Parti Socialiste de Carole Delga. Je suis d’autant plus choqué que j’ai été membre de ce parti pendant 12 ans. Je pense qu’ils ne gagneront jamais comme cela. Ils ont trahi les électeurs de Raphaël Glucksmann.
De l’autre côté, c’est malheureusement un peu la même chose. Il y a une satellisation de la droite Républicaine par le Rassemblement National. Les LR sont extrêmement divisés. On est là dans un projet de société qui est orthogonal avec nos valeurs. Il y a zéro solution ou alors des solutions qui divisent. Lorsqu’on entend que certains disent que ce n’est pas normal que la justice soit indépendante, on se pince quand même. Sur l’économie, il y a des contradictions terribles entre une droite conservatrice et libérale et le programme économique de Marine Le Pen qui est un programme plus proche de celui de LFI que des LR. C’est 100 milliards de dépenses de plus par an.
Entre les deux, dans ce bloc central, il n’y a pas que les macronistes. Il y a tous les Républicains qui ne se reconnaissent pas dans ces satellisations. Ils sont nombreux. Les choses vont donc se recomposer. Je pense qu’au lendemain des élections législatives, il y aura des députés de droite et de gauche qui viendront dans une plateforme de projets. Ce sera notre responsabilité de leur tendre la main. On l’a déjà fait. Il faudra aussi des remises en cause car s’il y a cette colère, c’est qu’on n’a pas tout bien fait. »

Les engagements de Benoît Mournet
« Nous, nous croyons au travail. Nous sommes passés d’un chômage à 9,5 % à 7,5 %. L’objectif est d’aller à 5,5 ou 6 %. Nous avons investi des sommes jamais vues dans l’éducation avec le dédoublement des classes, le dispositif Devoirs Faits… Les professeurs sont passés de 1 700 € à 2 100 € en début de carrière. La brigade de gendarmerie de Pierrefitte-Nestalas va ouvrir le 1er juillet. Elle est là car il y a un député de la majorité dans la 2ème circonscription. Le choix aurait pu se porter sur Hèches aussi. Il y en aura une deuxième à Juillan en 2025. Le nouveau Centre de secours de Lourdes sera inauguré le 29 juin, payé à 50 % par l’État. Je veux aussi aboutir à la création d’un nouveau commissariat à Tarbes avec les élus tarbais. Le budget de la justice a été doublé. Il va y avoir 4 magistrats de plus à Tarbes. »
« Mon sujet, c’est l’égalité d’accès aux services publics. J’ai vu le décalage entre les grandes métropoles et les zones plus rurales. Il y a notamment des inégalités d’accès aux soins qui sont insupportables. Les plateaux techniques ne sont pas au même niveau. Je veux qu’on universitarise l’hôpital Tarbes-Lourdes. Nous avons une opportunité historique. Les directeurs des hôpitaux de Tarbes-Lourdes et Pau ainsi que les maires de Pau et de Lourdes y sont favorables. Sur certaines filières comme le digestif, on peut former des spécialistes. C’est comme cela que nous pouvons avancer. »
« Il faut aussi des hôpitaux de proximité : Labastide et l’Ayguerote. Ce seront des hôpitaux de proximité avec des lits de médecine. Bagnères-de-Bigorre, Vic-en-Bigorre, Lannemezan, Astugue et l’Arbizon doivent perdurer. Mais il nous faut un hôpital de recours, sinon l’hôpital commun sera à Pau ou à Toulouse pour ceux qui pourront y aller. Ceux qui n’auront pas les contacts et les réseaux n’iront nulle part. Il faut être très clair, si nous ne faisons pas cet investissement massif sur l’hôpital commun Tarbes-Lourdes, nous porterons un coup fatal au service public hospitalier. »

Il n’a pas peur de la défaite
« C’est le jeu de la démocratie. Je suis profondément démocrate. Si les gens estiment que j’ai fait le travail et que je les ai bien représentés, et qu’ils ont envie que je continue, je poursuivrai ma mission avec le même enthousiasme. S’ils considèrent qu’il faut me retirer le mandat pour le donner à quelqu’un d’autre, le peuple est souverain. Il n’y a aucun sujet là-dessus. Je remercie Gaëlle Vallin pour son engagement pendant deux ans. Je pars sous le drapeau de la majorité présidentielle. Je ne mets pas le drapeau dans ma poche. Moi, je soutiens le président de la République. Cela ne veut pas dire que je suis d’accord sur tout. Je ne suis pas un député qui vote en suivant aveuglément. On peut me faire crédit là-dessus. À plusieurs reprises, je suis monté au créneau. Cela a été le cas notamment pour les agriculteurs. Je me suis battu. »
Il n’a jamais demandé à être candidat sur la première circonscription
« J’ai été flatté que l’on pense à moi pour la première circonscription. Cela a été envisagé et cela m’a été proposé. Mais pour moi, il n’a jamais été question une seconde de changer de circonscription. J’ai entendu tout et n’importe quoi à ce sujet. Sur cette deuxième circonscription, il y a un vrai risque que le candidat RN gagne. Je ne pourrais plus me regarder dans le miroir si je n’avais pas combattu. Je préfère perdre les armes à la main que fuir sur un terrain qui serait soi-disant plus facile car j’y aurais des origines familiales et qu’il y aurait des compétiteurs moins coriaces. Cela n’a jamais été mon idée. Déjà en 2022, on m’avait dit que je ne pouvais pas gagner. Cette fois-ci, on dit encore la même chose. J’aime les défis. »
Gaëlle Vallin, maire d’Argelès-Gazost et suppléante sortante de Benoît Mournet : « Je me suis engagée pendant deux ans avec beaucoup d’énergie et de passion. Cette expérience a été très riche. Nous avons réussi à avancer sur beaucoup de sujets. Lorsque je me suis engagée comme suppléante auprès de Benoît, il m’avait fait deux promesses. La première, c’est qu’il n’aurait pas d’accident avant la fin de son mandat, car je ne voulais pas être députée. Cette promesse a été tenue. La deuxième, c’était d’avancer sur le sujet du thermalisme sur les deux circonscriptions. Tous les établissements se sont unis pour progresser. Cela a été fait. Je considère donc que j’ai rempli ma mission. Lui, il a démontré qu’il n’avait pas des ambitions personnelles, mais des ambitions pour les Hautes-Pyrénées. Il va poursuivre cette mission avec Stéphanie Marquez comme suppléante. Moi, je dois pouvoir m’investir à 100 % pour la mairie d’Argelès-Gazost afin de tenir toutes mes promesses sur les deux années à venir. Je regrette que l’on parle plus de ce qui ne marche pas que de ce qui fonctionne. Les personnes qui travaillent tous les jours pour faire en sorte que les choses fonctionnent ne se sentent plus reconnues dans leur travail. Tout est propice au ras-le-bol général. Le travail n’est pas assez reconnu. Ce n’est pas en votant pour le RN qu’on va résoudre les problèmes. »
Stéphanie Marquez, candidate suppléante : « C’est avec un grand plaisir que j’ai accepté d’être sa suppléante. Ce qui me tient à cœur, c’est la condition des femmes et leur protection. Il faut lutter contre les violences conjugales. Je veux porter cela avec Benoît. Je suis infirmière libérale. Je rentre tous les jours chez les gens. Je suis donc bien placée pour parler de leurs difficultés. Il faut revaloriser le travail des aides à domicile. C’est quelque chose qui est primordial pour notre département. Il va falloir se battre pour cela. Je suis très fière de l’accompagner. J’espère pouvoir l’aider. »


