Michel Roussel remet les insignes de l’ordre des Arts et des Lettres à Jacqueline Saint-Laurent et Sophie Puscian Dulon

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Ce mardi 17 juin à 17h, au Parvis à Ibos, Michel Roussel, directeur régional des affaires culturelles d’Occitanie, a remis les insignes de l’ordre des Arts et des Lettres à deux personnalités marquantes de la vie culturelle des Hautes-Pyrénées : Jacqueline Saint-Laurent, promue Officier, et Sophie Puscian Dulon, nommée Chevalier.

C’est dans les murs de la scène nationale du Parvis à Ibos que s’est tenue la remise solennelle des insignes de l’ordre des Arts et des Lettres à deux figures féminines au parcours culturel engagé. Michel Roussel, représentant du ministère de la Culture, a procédé à cette distinction en présence de Marc Bélit, président du Parvis et Commandeur de l’ordre, et de Frédéric Esquerré, directeur de la scène nationale.

Jacqueline Saint-Laurent : un demi-siècle d’engagement

Dans son discours, Michel Roussel est revenu longuement sur le parcours de Jacqueline Saint-Laurent, née en 1933 à Tarbes, fille de commerçants. « Vous épaulez votre père Jean-Louis Kneabel dans le mouvement de mutation du commerce français vers la grande distribution. » Il évoque un tournant fondateur : « À seulement 17 ans, vous rejoignez l’entreprise familiale de grossiste en alimentation. »

C’est en 1959 que son père ouvre à Tarbes le premier magasin Leclerc de France hors de Bretagne : « En avril 1959, alors âgée de 25 ans, vous ouvrez à Tarbes le premier magasin à l’enseigne Leclerc de l’Hexagone hors la Bretagne naturellement. » Ce magasin deviendra ensuite à Ibos le socle d’un groupe employant aujourd’hui plus de 1 000 personnes sur quatre sites dans le département.

Mais c’est surtout son engagement pour la culture qui fut salué. « C’est dès les années 1970, bien avant que l’on parle de mécénat, que vous avez imaginé avec Marc Bélit un autre rapport entre commerce et culture. » Michel Roussel rappelle la création du Parvis en 1973, né d’un projet nommé Distribution et Culture : « Vous prenez un risque énorme quant à l’équilibre de votre entreprise. Mais c’est parce que vous croyez en ce concept très concret de mettre la culture sur le trajet de la vie quotidienne. »

Une pionnière de la culture en entreprise

Jacqueline Saint-Laurent est décrite comme une femme d’intuition : « Une gestion rigoureuse et une intuition sur les mutations de la société ont permis de bâtir la première entreprise commerciale des Hautes-Pyrénées. » Elle a également joué un rôle-clé dans le développement du modèle des Espaces Culturels Leclerc : « Ce projet a vu naître ici même les premières librairies Leclerc lancées par Nicole Bélit. »

Son soutien au Parvis a été constant : « Vous acceptez de porter cette expérience sur les seules ressources des contributions de votre entreprise et de quelques commerçants associés. » La structure bénéficiera par la suite de fonds d’intervention culturelle, notamment grâce à l’action de l’État. « Mais sur la durée, l’impulsion que vous avez su donner et entretenir n’a jamais faibli. 50 années de soutien à l’action culturelle, peu d’établissements commerciaux peuvent en dire autant. »

Jacqueline Saint-Laurent avait reçu les insignes de Chevalier en 1987 des mains de François Léotard. Ce mardi, elle a été élevée au grade d’Officier. Michel Roussel conclut : « Votre autorité morale est encore très présente en ces lieux, et ceci sans compter vos interventions toujours au plus juste, toujours écoutées. »

Sophie Puscian Dulon : de la médiation culturelle à l’administration

Michel Roussel a également retracé le parcours de Sophie Puscian Dulon, marquée dès l’enfance par deux souvenirs fondateurs : « L’exposition de Dalí vue avec vos parents » et « Le Roi et l’Oiseau de Paul Grimault au cinéma ». Étudiante à l’École de commerce de Pau, elle s’oriente rapidement vers la culture : « Vous créez une association culturelle au sein de l’école et vous essayez au théâtre. »

Après une première mission au Festival de Gavarnie, elle reprend des études en gestion culturelle. Elle rejoint ensuite le festival Paris Quartier d’Été en tant que stagiaire, puis intègre la Scène nationale de Cergy-Pontoise.

Une trajectoire fidèle au Parvis

En 1995, elle rejoint le Parvis pour une première mission de terrain : « Vous apprenez par cœur le programme de saison et vous partez sur les routes. » De fil en aiguille, elle s’impose comme une figure incontournable de la structure, jusqu’à devenir administratrice en 1999 : « Un changement complet de positionnement. Vous découvrez la complexité du fonctionnement d’une association. »

Elle accompagne la rénovation des salles, la création du club mécène, verse les archives aux Archives départementales : « Ce détail qui n’en est pas un est quelque chose d’extrêmement important. » Elle est aussi actrice de la modernisation des équipements et de projets européens.

La pandémie de 2020-2021 met à l’épreuve ses qualités de gestionnaire : « Une des plus rudes épreuves professionnelles avec la fermeture du Parvis, la mise en place du chômage partiel, une administration de crise. » Mais elle relance rapidement la dynamique, sous la direction de Frédéric Esquerré.

Une reconnaissance méritée

Michel Roussel a salué son parcours complet, « au carrefour de l’artistique, de la gestion et des publics », et a conclu avec solennité : « Il me revient le très grand honneur de vous remettre les insignes de Chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres. » Deux destins féminins, deux façons de servir la culture, un même engagement sur le long terme.

Marc Bélit : « Ce que nous honorons, c’est la persistance d’une aventure humaine »

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La cérémonie de remise des insignes de l’ordre des Arts et des Lettres au Parvis fut également l’occasion pour Marc Bélit, président de la scène nationale, de livrer un discours vibrant d’hommage, de mémoire et de convictions.

« Mesdames et messieurs, je suis heureux de vous accueillir pour cette remise de décoration qui nous honore tous ensemble et qui honore le Parvis. » Dès l’ouverture de son propos, il replace l’événement dans une perspective plus large : « Ce que nous honorons, c’est la persistance d’une aventure humaine, singulière et fervente, qui est née à Tarbes dans un lieu que rien ne prédestinait à devenir une scène nationale. »

Une utopie devenue réalité

Marc Bélit rappelle que le Parvis n’est pas le fruit d’un décret administratif : « Le Parvis, en effet, n’est pas né d’un décret, ni d’un plan ordonnancé par la République. Il est né d’un pari — d’un pari insensé peut-être, mais visionnaire — où la culture s’ancrait non dans l’ombre des palais dorés des palais, mais dans les galeries marchandes de la vie quotidienne. »

Il souligne ce qu’il appelle « la rencontre improbable entre l’État et le commerce, entre la transcendance de l’art et la matérialité de la grande distribution ». Un croisement que certains auraient jugé « contre nature ».

Fidélité et responsabilité

Marc Bélit insiste sur ce qu’il identifie comme les deux piliers de cette réussite durable : la fidélité et la responsabilité. « Il est des projets que le hasard disperse. Celui du Parvis, depuis un demi-siècle, s’est inscrit dans la durée non par miracle, mais parce que la fidélité a eu le dernier mot. » Il salue à la fois « la fidélité d’un État » et celle « d’un partenaire privé » qui, dit-il, « n’a jamais cessé d’accompagner cette expérience inédite, non pour y trouver profit mais pour y inscrire sa part de responsabilité citoyenne et de solidarité. »

Citant Paul Valéry, il évoque « le lien secret entre l’esprit, la culture et le commerce » — au sens large, celui de l’échange. Pour lui, « le Parvis est ainsi devenu un lieu où les forces de l’État, des collectivités, des entreprises et des citoyens eux-mêmes ont accepté de se rejoindre. »

Une famille fondatrice

Marc Bélit évoque aussi l’engagement personnel d’une famille, la sienne : « Ce projet fut celui d’un dialogue improbable entre les institutions de la République, les artistes, un groupe de commerçants et une famille. » Il rend hommage à sa tante : « Madame Saint-Laurent a vu dès l’origine, avec son frère Jean-Claude Kneabel et sa sœur Nicole Bélit, ce que d’autres ne voyaient pas encore : que la culture pouvait naître là où on ne l’attendait pas. »

Il souligne l’aspect pionnier de cette démarche, en particulier dans la grande distribution : « C’est ici qu’est née la première librairie prototype du modèle Leclerc. » Et il insiste : « Madame Saint-Laurent n’a pas vu dans ce partenariat une simple opération de mécénat, ni un vernis de prestige. Elle a compris avec une lucidité rare que la culture est aussi un acte de civilisation. »

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Une aventure collective

Marc Bélit n’oublie pas de saluer les acteurs de l’ombre, ceux qu’il appelle « les employés du Parvis » : « À ces hommes, à ces femmes, il faut rendre hommage non pas seulement par des cérémonies mais par des témoignages de reconnaissance. » Il cite Sophie Puscian Dulon : « Son engagement, sa rigueur, sa fidélité depuis 30 ans ont fait d’elle l’un des piliers de cette aventure. »

Il évoque aussi son propre parcours : « J’ai moi-même reçu cette première distinction après 25 ans d’engagement culturel et je la porte comme un rappel non d’un mérite individuel mais d’une œuvre collective que j’ai eu l’honneur de conduire. »

Une médaille, un pacte

Marc Bélit conclut sur le sens profond de cette reconnaissance : « Les marques honorifiques ne sont pas un but. Nous le savons. Mais c’est le signe de la plus haute reconnaissance de l’État. » Et de rappeler une anecdote significative : « Clint Eastwood, à qui on l’a remise un jour, se mit à l’arborer en toute circonstance. »

Enfin, il élève le propos à sa dimension civique et artistique : « Que ceux que nous décorons aujourd’hui se souviennent que cette médaille n’est pas un point d’arrivée mais un pacte. Un pacte passé avec le silence des salles, la lumière des scènes, le frisson des spectateurs. » Et de conclure avec Malraux : « Ce que la culture donne à la nation, ce n’est pas une distraction, c’est une conscience. » Un lieu né d’un pari, porté par une famille, soutenu par l’État, nourri par ses artistes, et devenu, avec le temps, une scène nationale exemplaire.

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