Après avoir travaillé pendant près de douze ans comme journaliste sur l’île, Laurence Gilibert est passée de l’autre côté. À 38 ans, elle a créé son entreprise afin de guider dirigeants, élus et porte-paroles à faire face aux médias, en situation de crise comme pour promouvoir leur activité. Entretien.
Laurence, aider les décideurs à faire entendre leur voix, d’où vous est venue cette idée ?
Pendant douze ans, j’ai été journaliste aussi bien en télévision qu’en presse écrite et sur le web sur mon île de La Réunion. Durant ce parcours, j’ai aussi été formatrice en réseaux sociaux ainsi qu’en media training pour une entreprise de consultants. Ce virage-là m’a intéressée. En tant que journaliste d’investigation, j’ai développé des techniques d’interview et de recherche. Quand j’ai choisi de fonder ma famille ici, dans les Hautes-Pyrénées, j’ai mûri mon projet de lancer ma boîte, faire quelque chose qui ait du sens. Je voulais mettre ce que j’ai appris au service des gens, tout en terminant l’écriture de mon premier livre, un polar, *Fournaises*.
Il vous a fallu endosser le costume d’entrepreneuse…
Oui, après une première expérience plutôt malheureuse par le passé. Là, grâce au Bic Crescendo, j’ai été accompagnée par une structure rassurante. J’ai pu échanger avec d’autres créateurs, confronter mes doutes, mes questions, toute cette réalité. J’ai aussi refondu mon site internet en me mettant un peu plus en avant, ce qui n’était pas évident pour moi. Mais avec une expertise qui commence à compter, je ne peux plus me cacher. Il faut y aller à 100 % !
La communication, la presse, les médias, ce sont parfois des écueils pour les décideurs publics ou privés. Comment appréhender tout ça ?
Il y a d’abord une relation de confiance à créer avec le responsable qui vient chercher du conseil, car on aborde des sujets sensibles. Je veux appuyer là où ça fait mal. Pour ça, on commence par réaliser un audit médiatique, en listant les sujets sensibles et quelle posture adopter : trop parler ou pas assez aussi, car parfois on ne met pas assez ses réussites en avant. Souvent, ces décideurs sont pris dans leur quotidien, à faire tourner leur entreprise, avec énormément de responsabilités. Quand ça va mal, la dernière envie, c’est de prendre la parole devant des journalistes. Tous n’ont pas de chargés de communication et sont un peu désarmés face à ce regard extérieur, inquisiteur même, qui peut être angoissant. L’idée, c’est comment faire passer les messages principaux et les faire comprendre.

Comment procède-t-on ?
Je pars des attentes et de l’expérience vis-à-vis des médias de chacun. D’abord, il faut les rassurer. Ensuite, je travaille comme si j’allais sortir un article sur eux. Je plonge dans les archives, j’épluche le net pour pointer des incohérences. Ça permet de sortir des points clés, mais aussi d’éprouver cette sensation d’être sous le feu des pressions. Ça permet de faire tomber la pression et de ne pas se retrouver pris au dépourvu. On travaille aussi sur des techniques d’ancrage, de respiration, de posture, notamment face aux caméras. On apporte aussi un regard extérieur sur ce qu’ils font de bien et qui peut être source d’intérêt pour les journalistes qui ont besoin de sujets, d’initiatives à mettre en avant.
Vous intervenez aussi au Crisis Center à Agen…
C’est un centre sur la gestion de crise avec un plateau de media training inclus dans un parcours ludique. Concrètement, il s’agit, en fonction d’un scénario concret, de déterminer qui parle, quand, comment… On est vraiment dans l’opérationnel pur et dur lorsque survient un événement. On pense aussi à la gestion de l’après-crise, les suites judiciaires éventuelles. C’est une approche humaine mais aussi plus ludique pour les dirigeants, les porte-paroles, les personnalités publiques. On développe des outils du réel face aux questions qui piquent, afin de délivrer les bons messages, clairement.


