La réouverture de l’abattoir de Bagnères-de-Bigorre est en jeu. L’Association de préfiguration coopérative, soutenue par 150 adhérents, propose un modèle coopératif. Un investissement d’un million d’euros est prévu. Les élus locaux soutiendront-ils ce projet ambitieux ?
Fermé depuis octobre 2024 après des années de déficit, l’abattoir de Bagnères-de-Bigorre pourrait retrouver une activité. L’Association de préfiguration coopérative, portée par ses trois co-présidents, Samuel Marguet, Paul Mathé et Henri Sallabane, va présenter son projet de reprise lors d’une assemblée générale ouverte aux adhérents, élus et collectivités. Un moment décisif pour une relance « qui ne pourra se faire qu’avec des partenaires », lancent ces trois paysans engagés.
Et ces derniers de revenir sur la genèse de ce dossier sensible, marqué par une fermeture brutale après des années d’exploitation par la Communauté de communes de la Haute Bigorre (CCHB). « On a milité pour éviter cette fermeture », insiste Paul Mathé. « Et nous n’avons jamais baissé les bras. Du jour où ça a fermé, on a basculé sous la forme d’une association de préfiguration avec l’intention de reprendre l’abattoir sous une forme coopérative. » Une assemblée générale constitutive, organisée en novembre 2024, avait alors rassemblé 80 personnes : éleveurs, bouchers, négociants, élus, syndicats agricoles et le président de la CCHB, Jacques Brune.
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Depuis, le collectif s’est élargi. L’association compte désormais 150 adhérents, parmi lesquels 35 communes, une soixantaine d’éleveurs, trois syndicats agricoles, le syndicat des bouchers ou encore Attac 65. Pour bâtir un projet solide, les membres ont sollicité l’expertise de Cerfrance Gascogne, de la Chambre d’agriculture, de Jacques Alvernhe (Association pour des abattoirs paysans). Ou encore d’Hélène Serre, l’ancienne responsable qualité de l’abattoir bagnérais.
Un modèle économique assumé
Le prévisionnel de l’association a été présenté en préfecture lors du dernier comité de pilotage, le 2 septembre 2025. « Si le travail a été salué par tous, certains ont exprimé une inquiétude : l’incertitude sur les volumes d’abattages futurs. Car nous savons bien que les apporteurs jonglent entre les abattoirs pour avoir le meilleur prix », reconnaissent les co-présidents. « Mais Bagnères dispose d’une spécificité : l’abattage ovin, non assuré à Tarbes. Et en tant qu’éleveurs, on a tous besoin de sécuriser notre chaîne de transformation. »
Si l’association prévoit des tarifs d’abattage plus élevés pour pérenniser l’activité, elle ne craint pas que les éleveurs boudent la structure. « Notre vision est de rendre un service de qualité, pas faire de faire du volume. Les gens s’y retrouveront avec moins de frais de déplacement. Car actuellement, les agneaux sont abattus dans le département de la Haute-Garonne », veut convaincre Samuel Marguet.
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Selon les trois co-présidents, l’équilibre financier est annoncé sous deux à trois ans, grâce à un effectif et des charges salariales réduits : pas plus de sept employés, contre 35 avant la fermeture. « Car un abattoir de proximité, c’est de la prestation de service pure avec 60 % de masse salariale. »
L’infrastructure existante, en bon état, représente un sérieux atout. Néanmoins, le projet prévoit 1 million d’euros d’investissements, avec un soutien possible de l’État. « Le préfet nous a dit qu’il y aurait des dotations. Ces fonds sont garantis jusqu’au mois de mai 2026. » Date à laquelle l’abattoir pourrait reprendre du service.
Une volonté politique
Reste à réunir les partenaires publics. « La communauté de communes du Haut Adour se dit partante mais ne veut pas y aller seule », poursuit Paul Mathé. L’association propose de constituer une Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), qui pourrait permettre de réunir collectivités, éleveurs et bouchers. Un appel à capital de 250 000 € serait alors lancé. « Une fois les conditions réunies, nous aurions le feu vert. »
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Si les trois hommes reconnaissent que le contexte actuel (prix élevé de la viande, ventes en maigre, disparition progressive des élevages…) joue contre eux, ils assurent que la réouverture de l’abattoir de Bagnères n’est pas que l’affaire des paysans. « Depuis la fermeture, les consommateurs ont du mal à trouver de la viande locale dans leur assiette. C’est peut-être un projet à contre-courant aujourd’hui, mais nous sommes persuadés que ce sera le modèle de demain. »
À condition qu’il y ait une réelle volonté politique. « Quelle vision ont les élus pour leur territoire ? Tout miser sur le tourisme, ou garder une place pour l’industrie ? » C’est la question à laquelle ces derniers seront soumis lors de l’assemblée générale de l’Association de préfiguration coopérative qui se tiendra le 20 novembre, à 20 h 30, à la salle du Haut de la Côte de Bagnères.


