De Barcelone à Tarbes, un trafic de drogue à 1,5 million d’euros : deux frères ont invoqué des gains au casino pour justifier leur train de vie luxueux

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Importation de cocaïne et de cannabis depuis l’Espagne, « boutiques » de drogue sur les réseaux sociaux, argent liquide dissimulé et train de vie fastueux : cinq prévenus comparaissaient ce 12 mai devant le tribunal correctionnel de Tarbes. À l’issue de deux ans d’enquête, les magistrats ont condamné les membres d’un vaste réseau de trafic de stupéfiants implanté dans les Hautes-Pyrénées.

Ils menaient la grande vie. Mardi, quatre hommes et une femme d’une trentaine d’années ont comparu devant le tribunal de Tarbes pour trafic de stupéfiants et blanchiment. Tous étaient soupçonnés d’avoir importé de la cocaïne et du cannabis depuis l’Espagne avant d’alimenter un vaste réseau de revente dans les Hautes-Pyrénées. Un trafic qui aurait généré près de 1,5 million d’euros en deux ans selon le ministère public.

Trois des prévenus étaient détenus provisoirement depuis un an, les deux autres placés sous contrôle judiciaire à l’issue de deux années d’investigations menées par la brigade de recherches de Bagnères-de-Bigorre. « Une affaire qui a débuté à partir d’une autre enquête et d’un témoignage anonyme », a résumé la juge.

Pendant des mois, les enquêteurs ont multiplié les surveillances, géolocalisé des téléphones et installé des balises sous des véhicules jusqu’à reconstituer l’organigramme du réseau. À sa tête selon l’accusation, Hassan A., un homme qui percevait 1 000 euros de chômage tout en menant grand train. « Il y avait 76 000 euros sur votre compte courant et 8 000 euros sur un livret. Mais aucune dépense en carte bancaire », a souligné la magistrate.

Son frère Touafik A. a été présenté comme son bras droit. Tout comme Dimitri F., chez qui les enquêteurs ont retrouvé de la drogue et plus de 8 000 euros en liquide. « 1 500 euros étaient dissimulés dans le berceau de votre fille », a lancé la juge. Si Dimitri F. a reconnu avoir « travaillé » comme livreur pour Hassan A., ce dernier a nié en bloc. « Il dit ça pour ne pas désigner son vrai patron. Moi, je n’ai rien à voir là-dedans », a-t-il persisté.

La baraka génétique

« D’où provenait tout cet argent sur votre compte ? », a interrogé la présidente. « Je l’ai gagné au casino et au PMU », a répondu calmement Hassan A., soupçonné d’avoir créé plusieurs « boutiques » de drogue sur les réseaux sociaux avec un système de livraison couvrant Tarbes, Lourdes, Vic-en-Bigorre et Bagnères-de-Bigorre.

« Pourtant, les gens qui jouent se plaignent davantage de perdre que de gagner », a ironisé la présidente. « Dans la famille, on nous a appris à mettre de côté », a répondu le prévenu. Et son frère d’embrayer : « Moi aussi, je suis un gros joueur et j’ai beaucoup gagné. » Une baraka génétique donc, qui a peiné à convaincre le tribunal.

Interrogés sur leurs nombreux déplacements en Espagne, les deux frères ont expliqué être allés au casino de Barcelone, en boîte de nuit et « voir des prostituées », sous le regard de leurs compagnes et de leur mère présentes à l’audience.

Tension palpable

Les tensions entre les prévenus ont rapidement émergé. Mohamed K., présenté comme un livreur et qui comparaissait libre, a assuré n’avoir eu affaire qu’à Touafik A. « Vous avez subi des menaces ? », lui a demandé la juge. Sans réponse claire. Dans la salle, plusieurs hommes coiffés de casquettes et portant des lunettes de soleil ont d’ailleurs été contraints de découvrir leur visage, tandis qu’un autre a été expulsé après avoir filmé l’audience.

La compagne de Dimitri F., Marina C., poursuivie pour complicité de trafic et blanchiment après avoir loué plusieurs véhicules pour des voyages en Espagne, s’est avancée fébrile à la barre. « Elle n’a pas su stopper son compagnon et a peut-être choisi de fermer les yeux », a plaidé son avocate, Me Christel Marbais.

Pour la procureure, aucun doute : Hassan A. était bien « à la tête du réseau ». La magistrate a requis douze ans d’emprisonnement, 500 000 euros d’amende et une interdiction définitive du territoire français à son encontre. Huit ans de prison et 500 000 euros d’amende contre son frère Touafik A., six ans contre Dimitri F., cinq ans dont quatre avec sursis probatoire aménageables sous bracelet électronique contre Mohamed K., et deux ans avec sursis assortis de 10 000 euros d’amende contre Marina C.

À l’issue des débats, Hassan A. a finalement été condamné à sept ans de prison avec maintien en détention, 700 000 euros d’amende et une interdiction définitive du territoire français. Touafik A. a écopé de cinq ans de prison, 15 000 euros d’amende et d’une interdiction définitive du territoire. Dimitri F. a été condamné à quatre ans de prison avec maintien en détention et 100 000 euros d’amende. Mohamed K. purgera une peine sous bracelet électronique et Marina C. a été condamnée à deux ans avec sursis.



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