Le gouvernement planche sur un projet de loi qui vise à assouplir les conditions de location des biens classés G, contre un engagement de travaux. À Tarbes, les agences immobilières sont sceptiques sur la démarche. Voici tout ce qu’il faut savoir.
Louer des logements à tout prix ? Face à la crise du logement, le gouvernement envisage de proposer à la location des biens classés F ou G au diagnostic de performance énergétique à la condition que le propriétaire s’engage à réaliser des travaux de rénovation. Le propriétaire disposerait ainsi d’un délai de trois ans pour améliorer les performances énergétiques d’une maison individuelle et de cinq ans pour les appartements en copropriété. Un projet de loi qui n’est pas passé inaperçu dans les agences immobilières. » Nous, on valorise les passoires énergétiques à l’achat. Ce sont des biens qui se vendent moins cher et l’acquéreur dispose d’un panel d’aides pour de la rénovation, que ce soit l’isolation, la menuiserie ou le système de chauffage, comme le prêt à taux zéro, l’éco-prêt… » explique chez Orpi, à Tarbes, Mickaël Recoules.
Quelques jours avant notre entretien, le directeur de l’agence associé à Maud Chevrete, a récupéré une maison classée F. » Elle n’est pas insalubre, il faut bien faire la part des choses entre la note du diagnostic de performance énergétique et l’état du logement « , balaie d’un revers de la main Maud Chevrete. Aujourd’hui, les logements classés F peuvent être loués jusqu’au 1er janvier 2028. Ceux classés E ont jusqu’en 2034 pour accueillir des locataires. Mais depuis le 1er janvier 2025, les biens notés G ne peuvent plus être loués. Des biens qui pourraient donc se retrouver sur le marché plus vite que prévu si le projet de loi est adopté. Pour le couple à la tête de l’agence, les passoires énergétiques ne sont plus dissuasives pour les futurs propriétaires ainsi que pour les locataires en devenir.
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Un engagement moral ?
» Les acquéreurs aussi bien que les locataires sont aujourd’hui bien éduqués à ces questions de performances énergétiques. Les acquéreurs ont conscience d’acheter ce type de biens, ce que cela peut engendrer, et ils connaissent les dispositifs dont ils peuvent bénéficier. La pratique est rentrée dans les normes et les mœurs « , explique encore l’agent immobilier. Pierre Averous, gérant chez Immo 65 confirme que les locataires et les propriétaires sont bons élèves : » Ils sont de plus en plus sensibles et vigilants à ce diagnostic énergétique depuis qu’il existe mais aussi depuis que le prix du gaz et de l’électricité a augmenté « .
Pour autant, selon le gestionnaire, les propriétaires risquent d’être pénalisés par le projet de loi. » Il ne faut pas rêver, les propriétaires bailleurs ne sont pas milliardaires. Mes clients sont souvent des petits propriétaires à la retraite qui n’ont pas les moyens de faire passer leurs logements en E et qui n’ont pas d’aides supplémentaires « , regrette-t-il. » Enfin, il y a des aides, mais elles ne sont pas proportionnelles au montant des travaux nécessaires pour rendre ces appartements décents « , précise-t-il. Que dire de la notion d’engagement vivement contestée, déjà, par les associations de locataires ? » S’agit-il d’un simple engagement moral du propriétaire à réaliser les travaux ? Y aura-t-il des contrôles ? La promesse sera-t-elle inscrite sur le bail ? Impossible de savoir « , s’interroge Pierre Averous.


