Les itinéraires de la Liberté Pyrénées viennent d’obtenir la certification du Conseil de l’Europe. Une reconnaissance importante pour « ce grand récit européen, ces chemins historiques vers l’Espagne et le Portugal qui ont vu passer des milliers de personnes fuyant la guerre et les nazis. « Les Pyrénées n’ont jamais été une barrière mais un lieu de passage. »
« Les Pyrénées n’ont jamais été une barrière mais un lieu de passage obligé car seule issue vers la Liberté. » Josette Durrieu mesure tout le chemin parcouru par les itinéraires Liberté Pyrénées pour leur reconnaissance par le conseil de l’Europe. Ces chemins de la Liberté ont été empruntés par des milliers de personnes fuyant la guerre et le nazisme durant la deuxième guerre mondiale. Juifs, aviateurs alliés, militaires, jeunes Français fuyant le STO, persécutés par les nazis… Ils sont des milliers dont le sort a basculé en franchissant ces Pyrénées grâce à des passeurs individuels ou organisés en réseau.
80 ans plus tard, les Pyrénéens se souviennent de ces actes de bravoure et de résistance qui ont permis de sauver des milliers de vies. L’association ILPE a travaillé sans relâche pour sortir ces itinéraires de l’oubli. Il a fallu fédérer, compiler les données, cartographier ces itinéraires, retrouver l’histoire de tous ces acteurs.
Une histoire partagée à l’échelle de la chaîne des Pyrénées
« C’est extraordinaire d’avoir réussi à fédérer toutes ces forces vives sur cinq départements de la chaîne (64, 65, 31, 09, 66) » explique Josette Durrieu, particulièrement sensible au sujet. La sénatrice honoraire, vice-présidente honoraire du conseil de l’Europe, s’est beaucoup investie au sein de l’association ILPE qui porte l’initiative. Avec Yoan Rumeau le président d’ILPE, elle s’est battue pour que le travail de mémoire sur ces itinéraires l’échelle du massif soit reconnu. Cela s’est donc concrétisé par la certification du conseil de l’Europe remise officiellement par Bruno Favel, chef de la mission du patrimoine mondial au Ministère de la Culture, accompagné de madame Orane Proisy à la maison de l’Histoire de Tarbes sise dans les toutes nouvelles archives départementales.
Concrètement, ces douze itinéraires répartis sur l’ensemble de la chaîne des Pyrénées (il y en a eu d’autres bien évidemment), sont matérialisés par une signalétique particulière, cartographiés par l’IGN. De quoi donner du sens aux sorties sur le terrain de randonneurs et de promeneurs sur ces chemins. Des panneaux détaillent les destins de personnages engagés dans ces passages.
« L’évasion clandestine de France par les Pyrénées, entre France et Espagne, est un phénomène unique dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et peut-être dans l’Histoire. Et pourtant, ceux qui ont vécu cette aventure périlleuse ont toujours eu l’impression d’être des laissés-pour-compte de la mémoire collective. Comme si une infortune mémorielle les poursuivait, et ce malgré des études qui ont été publiées. Les causes de ce déficit mémoriel sont nombreuses et tiennent principalement au fait que les « chemins de la liberté » passaient par des pays (Espagne et Portugal) qui incarnaient l’Europe anti-démocratique » a rappelé le professeur Robert Belot, président du comité scientifique avant d’ajouter : « Les chemins que les évadés ont empruntés sont porteurs d’un message de liberté, de responsabilité et de résistance à la fatalité. C’est un « tourisme de la vigilance » que nous voulons promouvoir et faire connaître à l’échelle de l’Europe. »
« Attachement à la mémoire de ce territoire »
Pour Michel Pélieu, président du conseil départemental des Hautes-Pyrénées, ce travail autour de ces itinéraires de la Liberté « réaffirme l’attachement à la mémoire de ce territoire. Il est important que ce pan glorieux de l’histoire de la deuxième guerre mondiale soit sauvé de l’oubli. Il est important de rappeler notre histoire et de la partager ». Au passage, Michel Pélieu a salué l’engagement de Josette Durrieu dont la famille a joué un rôle important dans la Résistance.
Ces itinéraires de la Liberté fondent « un grand récit européen » nourri « de valeurs qui ont émergé sur cet espace des Pyrénées » a encore affirmé Josette Durrieu. « Ces valeurs ont permis de gagner la paix et de bâtir l’Europe. »
Les Pyrénées ont été « une montagne de peur et une montagne d’espoir » a lancé Yoan Rumeau, le président de l’association ILPE avant de détailler quelques-uns des 12 itinéraires certifiés.
« Ces itinéraires culturels européens partagent des valeurs de tolérance » a rappelé Bruno Favel, chef de la mission du patrimoine mondial au Ministère de la Culture. « Cette histoire des itinéraires de la Liberté rejoint l’histoire de l’Europe et du monde. »


