Ce lundi 18 novembre dans la soirée, la Bigorre a pris feu. Littéralement. À 19h45, les ronds-points des Hautes-Pyrénées se sont embrasés sous les flammes symboliques des agriculteurs en colère. De Lourdes au Pic du Jer, d’Ibos à Soulom, en passant par Tournay, Bazet et la Barthe, le département tout entier s’est illuminé, non pas d’une ferveur festive, mais de la révolte agricole.
L’appel de la FDSEA 65 et des Jeunes Agriculteurs 65 (JA 65) n’est pas passé inaperçu. Le message est clair : l’agriculture française est à bout de souffle et il est temps que cela change. La mobilisation, à la fois spectaculaire et dramatique, dénonce les défis écrasants que subissent les agriculteurs aujourd’hui, qu’il s’agisse de charges économiques asphyxiantes, de concurrence internationale déloyale, ou encore des incertitudes climatiques et réglementaires.
Clément Simian, président des Jeunes Agriculteurs des Hautes-Pyrénées, fait le point à Ibos : « Nous voulons vivre de notre métier. Nous sommes opposés à un accord avec le Mercosur. Si cet accord se concrétise, nous aurons en France de la viande aux hormones et des céréales produites avec des substances interdites chez nous. Nous voulons pouvoir vivre dignement de notre travail. Mais les normes en vigueur en France rendent cela impossible. Il est urgent de simplifier les choses. Même les services de l’État peinent à s’y retrouver face à cette multitude de réglementations. Aujourd’hui, nous ne voulons plus de promesses, mais des réponses concrètes. La colère gronde. Si des solutions ne sont pas apportées rapidement, il sera difficile de contenir les agriculteurs, dont la frustration est immense. Il faut savoir que certains jeunes, récemment installés, sont contraints de chercher un emploi extérieur pour s’en sortir et subvenir à leurs besoins. Ce n’est pas acceptable. Nous mènerons une action au moins une fois par semaine, et nous intensifierons nos mobilisations si rien ne change. »

Le Mercosur, la goutte de lait qui fait déborder le bol
Au cœur de la colère se trouve donc la ratification de l’accord avec le Mercosur, ce pacte commercial qui fait frémir les campagnes françaises. Pour les JA et la FDSEA, cet accord menace directement les producteurs locaux, en ouvrant grand les portes à des produits agricoles venus d’Amérique du Sud, souvent bien moins encadrés sur le plan sanitaire ou environnemental. « La France prend feu, l’agriculture brûle, l’État doit éteindre tout ça avec des actes concrets et rapides ! » tel est le slogan des manifestants au rond-point d’Ibos, entre deux jets de palettes dans les flammes. Ici, pas de place pour la demi-mesure : les revendications brûlent autant que le foin.

Des feux symboliques pour une colère bien réelle
Ces feux, loin d’être anarchiques, sont un cri d’alarme. Les agriculteurs ne veulent pas détruire ; ils veulent reconstruire. Pourtant, à voir les immenses flammes lécher le ciel, certains passants ont cru à une scène d’apocalypse rurale. On se serait cru dans Mad Max : Version Bigorre, même si l’ambiance au rond-point d’Ibos est loin d’être festive.
Certains automobilistes présents sur le site sont solidaires. « Ils ont raison de manifester », déclare une conductrice. « Mais bon, un feu sur le chemin du retour du boulot, ça surprend ! » Pour les organisateurs, cette mobilisation est seulement une étape. Si l’État ne répond pas, d’autres actions suivront. Mais les agriculteurs espèrent que le gouvernement écoutera enfin ces flammes qui dansent comme un avertissement. En attendant, la Bigorre s’éteindra-t-elle rapidement ? Pas sûr. Ici, on ne plaisante pas avec les revendications agricoles. Et si le Mercosur passe, les Hautes-Pyrénées pourraient bien, à nouveau, brûler de colère. Moralité : quand les campagnes françaises prennent feu, c’est un signal qu’on ne peut pas ignorer. À bon entendeur.








