« Pourquoi Socrate et Jésus n’ont-ils rien écrit ? » Cette vaste question n’aura pas manqué de susciter les débats lors de la rentrée café-philo de la semaine dernière à la Diaconie de la beauté.
« Pourquoi Socrate et Jésus n’ont-ils jamais écrit ? » Tel était le thème de la quatrième rencontre café-philo organisée dans les locaux de l’association de la Diaconie de la beauté, au 14 chaussée du Bourg.
Cela aura été l’occasion d’échanges passionnants entre la quinzaine de participants et leur animateur, professeur de philosophie au lycée d’Argelès-Gazost, Christian Loubère.
Après un exposé d’une vingtaine de minutes, les questions ont fusé jusqu’aux alentours de minuit, autour d’un verre de l’amitié apprécié de tous :
« Si ni l’un ni l’autre n’ont jamais écrit, n’est-ce pas parce qu’ils étaient analphabètes ? » demande une femme, au premier rang. Réponse catégorique : « Certainement pas, au moins en ce qui concerne Jésus ! Les juifs de l’époque avaient tous fait ‘leurs humanités’ » !
« Pourquoi établit-on systématiquement un parallèle entre les deux personnages ? » demande un autre. « Parce que le premier est souvent considéré comme l’annonciateur du second, et parce que tous les deux se sont entourés de disciples pour coucher leur enseignement sur le papier. Enfin, tous les deux ont été jugés, condamnés, et accepté leur destin… Avec une petite différence, tout de même : si Socrate choisit le suicide en buvant la coupe de ciguë, Jésus demande à Dieu : « Père, éloigne de moi cette coupe ! Avant d’accepter le sacrifice de la croix. »
« Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi ils n’ont pas écrit ! » se plaint un troisième. « Parce que le verbe des hommes est corrompu : c’est en tout cas ce que nous dit Platon. Le maître est un messager, chargé de garantir la part divine de l’amour contenue dans la parole incarnée de Dieu ! […] L’écriture n’est, d’une certaine manière, qu’un exercice de remémoration qui nous laissera toujours en deçà de la vérité. »
« Faut-il brûler les livres pour autant ? » s’inquiète un bibliophile. « Certainement pas ! En fait, tout dépend de l’usage qu’on en fait : depuis que notre siècle a sanctuarisé le livre et les images, on voit l’enfer que ça a donné ! »
« Est-ce à dire qu’il n’aurait pas fallu inventer l’imprimerie ? » « Là encore, il s’agit d’une bonne et d’une mauvaise chose, un peu comme le couteau : cela peut permettre de se défendre, mais aussi de se blesser ! Ce qui est diabolique, c’est de confondre l’utile avec le vrai. »
Et notre professeur de conclure en rappelant cette pensée commune à l’apôtre Paul et à Platon, selon laquelle la lettre tue, mais l’esprit vivifie.


