Festival Le Murmure du Monde : chapiteau comble pour une rencontre « cosmo tellurique » sur un monde en crise, animée par Olivia Gisbert avec la traductrice Sabah Rhamani.
Quand une gardienne de la terre rencontre un explorateur du cosmos : dialogues entre Moira Millan, écrivaine et militante argentine Mapuche, engagée dans la défense de la terre et la lutte anti patriarcale, et Aurélien Barrau, astro physicien engagé et philosophe. L’animatrice a ouvert la discussion sur les livres, les mots et les paroles.
Pour Aurélien Barrau la science ne pose aucune question fondamentale et les mots ont perdu leur sens. Il a affirmé s’être éloigné des structures de production qu’il considère comme des instruments de domination. Une analyse qui a fait echo à celle de Moira Millan qui, après la disparition de 2000 exemplaires de ses livres, dénonce un monde soumis à un système ne laissant plus de place à l’humain. « Il est temps que les peuples affrontent le système », a-t-elle affirmé, pointant du doigt l’Europe et sa culture anthropocentrique qui est la cause structurelle du terricide. Son constat est aussi celui d’un racisme envers les migrants, forcé avec la complicité des institutions.
Pour Aurélien Barrau, Trump et Netanyahou ne représentent que la face visible du problème. Qu’est-ce que la dignité dans ce monde ? Moira Millan a parlé d’assumer une identité tellurique : l’humain, la terre, le vivant ne font qu’un. L’astro physicien a défini cela de façon contextuelle : « Oser penser contre soi pour qu’in fine c’est penser pour soi ». Moira Millan a abordé le mot « communauté », qu’elle rejette et lui préfère l’appellation d’ensemble cosmocentrique, fondé sur un lien fort entre les peuples telluriques et toute autre forme de vie.
« Les arbres portent le savoir, pas les académies. Si nous ôtions les bouchons colonisés de nos oreilles, nous entendrions la nature » a-t-elle clamé. L’ennui, ici en Europe, a répondu Aurélien Barrau, c’est que nous sommes les héritiers d’un concept de raison et de paroles devenu hégémonique. « On n’a pas besoin de sciences pour s’intéresser aux problèmes écologiques ou à la Palestine, on sait ! ». Un autre constat partagé par les deux invités : « on a l’illusion posséder une terre avec un bout de papier et trouver le bonheur dans un billet de banque ». Pour Moira Millan, la révolution tellurique est en marche. Aurélien Barrau s’est montré plus réservé, estimant que ses alliés ne se trouvent pas en Occident et invitant tout un chacun à commencer par regarder ailleurs. Enfin, Moira Millan a conclu en estimant être au début d’une nouvelle ère, tandis qu’Aurélien Barrau a rappelé qu’il était plus facile d’imaginer la destruction du capitalisme que l’apocalypse.


