La Chambre d’agriculture des Hautes-Pyrénées a tenu sa session annuelle dans ses locaux jeudi, précédée d’une conférence de presse de son président, Christian Fourcade. La question de l’eau a dominé les échanges, après un été 2025 marqué par des épisodes de sécheresse et des températures exceptionnellement élevées. Face à cette situation, la nécessité de créer de nouvelles réserves et de sécuriser l’approvisionnement en eau pour l’agriculture locale apparaît plus urgente que jamais.
Selon Christian Fourcade, les observations effectuées sur le terrain révèlent des pertes de rendement supérieures à celles constatées en 2022, même dans les zones disposant d’un système d’irrigation dans les Hautes-Pyrénées. Les exploitations qui ne pouvaient pas irriguer à pleine capacité ont subi des dégâts significatifs, illustrant la fragilité du système actuel face aux fortes chaleurs et aux périodes prolongées de sécheresse.
« Même dans les zones irriguées, ceux qui n’avaient pas la capacité maximale d’irriguer ont été surpris par la sécheresse et les fortes chaleurs exceptionnelles », a déclaré le président.
À ces difficultés climatiques s’ajoutent des contraintes économiques. Les prix des céréales ont fortement baissé, rendant les rendements insuffisants pour couvrir les coûts des crédits d’avance culture, accordés par les banques et les organismes de stockage. Cette situation pourrait mettre en difficulté de nombreuses exploitations agricoles dans les mois à venir.
Une pression économique aggravée par la sécheresse
Christian Fourcade souligne que les épisodes de sécheresse récents combinés à la baisse des prix agricoles créent un effet ciseaux : des charges élevées, notamment sur les intrants et les engrais, et des revenus en baisse. Selon lui, certains agriculteurs pourraient ne pas parvenir à clôturer leurs crédits à cause de rendements très faibles, parfois inférieurs à 50 quintaux par hectare.
« Repartir en 2026 sera compliqué dans beaucoup de zones si rien n’est fait pour sécuriser les ressources en eau », prévient-il. Il ajoute que même les cultures irriguées ne sont pas à l’abri des pertes de rendement lorsque le soleil et la chaleur sévissent.

La nécessité de créer de nouvelles ressources en eau
L’été 2025 a montré les limites des infrastructures existantes. Les zones déficitaires, comme l’Échez et l’Adour, ont connu d’importants problèmes d’approvisionnement, malgré la mise en place de lâchés d’eau pour soutenir les cultures et les stations d’épuration.
La Chambre d’agriculture rappelle que la réflexion sur la création de nouvelles ressources a commencé dès 2017, avec le lancement du PTGE (Projet Territorial de Gestion de l’Eau), mais que les travaux n’avancent pas assez rapidement. Selon Christian Fourcade, il est urgent de passer de la réflexion à l’action : « Le temps à réfléchir a été utilisé depuis longtemps. Aujourd’hui, il faut agir. »
L’Échez et le lac de l’Ousse, projets prioritaires
Certaines initiatives sont déjà sur les rails, comme le lac de l’Ousse, destiné à sécuriser l’approvisionnement en eau de l’est du département. Une étude sur la nappe d’Échez, dont le coût dépasse un million d’euros, permettra de déterminer les volumes disponibles et de planifier la création de nouveaux ouvrages.
Christian Fourcade insiste sur le fait que la volonté politique est déterminante pour la réussite de ces projets. « Les réserves foncières existent, la réglementation a été allégée, l’argent pour investir est disponible. Il faut maintenant passer aux actes », affirme-t-il.
Repenser le modèle économique de l’eau
Pour la Chambre d’agriculture, sécuriser l’eau ne se limite pas à la construction de retenues : il est également nécessaire de revoir le modèle économique. Aujourd’hui, le financement de l’eau multi-usage repose presque exclusivement sur les agriculteurs, alors qu’elle bénéficie à de nombreux autres usages, domestiques ou industriels.
« Il faut de la transparence et que tous les usagers contribuent à la gestion de l’eau », souligne Christian Fourcade. Selon lui, ce modèle est indispensable pour garantir la viabilité de l’agriculture locale dans un contexte de changements climatiques.
Le changement climatique et ses impacts sur l’irrigation
Contrairement à certaines idées reçues, le président de la Chambre d’agriculture précise que le problème principal n’est pas seulement lié au réchauffement climatique, mais aussi à la concurrence croissante entre usages. Cependant, il reconnaît que le changement climatique entraîne une augmentation des besoins en eau des cultures, notamment pour maintenir la productivité des zones cultivées.
« Si nous voulons maintenir des territoires vivants et une agriculture viable, il nous faut de l’eau sur plus de cultures et sur plus de territoires », insiste-t-il. Il met en garde contre toute politique de restriction générale de l’irrigation, qui mettrait en danger l’activité agricole.
L’eau, une richesse pour le territoire
Christian Fourcade rappelle que l’eau n’est pas seulement une ressource agricole, mais un bien commun vital pour la biodiversité, le tourisme et le développement local. Les réserves d’eau contribuent à la diversité écologique et aux activités économiques liées à la nature.
« L’eau n’appartient à personne, mais elle doit être utilisée de manière efficiente pour alimenter nos concitoyens », précise-t-il. Selon lui, les projets de retenues d’eau et de gestion raisonnée sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire et la résilience des territoires.
Un appel à agir vite
L’été 2025 a montré que les épisodes de sécheresse se répètent plus rapidement que prévu, et que l’attente n’est plus une option. La Chambre d’agriculture appelle à une action rapide sur plusieurs fronts : création de nouvelles réserves, révision du modèle économique et adaptation des pratiques agricoles aux besoins en eau accrus.
« Il ne s’agit pas de dogmatisme ou de privatisation de l’eau, mais de garantir une alimentation locale saine et durable », conclut Christian Fourcade, soulignant l’importance d’une gestion collective et pragmatique de la ressource.


