Quand la poésie caresse le monde avec délicatesse

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l’essentiel
À travers Poil, Plume, Chitine & Cie suivi de Cul sec, Jean-Michel Agasse compose un diptyque d’une rare sensibilité. De la contemplation émerveillée de la nature à l’évocation plus mélancolique de la condition humaine, le poète invite le lecteur à saisir ces instants fugitifs où l’émotion surgit avec une étonnante simplicité.

Jean-Michel Agasse possède ce talent rare de faire naître l’émotion avec très peu de mots. Son nouveau volume explore la fragilité du vivant sous deux regards complémentaires : l’un tourné vers la nature, l’autre vers l’homme. Deux thématiques qui se répondent avec finesse, où l’humour n’efface jamais la gravité et où la poésie éclaire le quotidien.

Dans « Poil, Plume, Chitine & Cie », chaque texte ressemble à une halte. La première partie comporte beaucoup de poèmes très brefs (trois ou quatre vers). La poésie, disait Victor Hugo, c’est « tout ce qu’il y a d’intime dans tout ». L’auteur semble avoir fait sienne cette maxime. Instants suspendus de la contemplation, poèmes de l’émerveillement, c’est toute la variété du vivant qui défile sous nos yeux : animaux sauvages ou domestiques (Poil), oiseaux de nos jardins (Plume), insectes, tout ce petit peuple des « minuscules » avec lesquels dialogue l’auteur (Chitine), et enfin poissons, reptiles et amphibiens divers (Cie).

Dans la deuxième partie, « Cul sec », la note se fait plus grave. Quelques poèmes sur Eros, souvenirs de chambres d’hôtel aux parois peu épaisses, fulgurance d’un pied nu dans « Plein Hiver ». Puis des textes sur la mémoire : à l’inverse de G. Perec qui dans un texte fameux avait écrit 480 Je me souviens, JMA, dans « J’ai la mémoire qui flanche » nous propose une quinzaine de « Je ne me souviens pas » et heureusement ! dans le texte qui suit immédiatement nous propose le remède : « Mnémotechnie ». Le recueil s’achève par une sorte de contemplation sur la fugacité de la vie, la maladie et la disparition de ceux qui vous sont chers.

Mais ici comme dans le reste du recueil, l’humour n’est jamais loin. L’auteur a le chic des citations incongrues. Ainsi, précédant la section « Mémoire », ce mot de Woody Allen : « Tant que je saurai où placer le h de Alzheimer, je ne m’inquiéterai pas trop des progrès de la maladie ». L’auteur lui-même ne recule pas devant les jeux de mots, bons ou mauvais. Il sous-titre son « Jardin des Plantes », « essai de poézoo ». Quant au poème dans lequel il évoque sa rencontre avec le cancer, il se termine ainsi : « La chimio ne s’use / Que si on cancer ».

Écrit dans une langue simple, familière et parfois argotique (dans « Marcel de Balbec », l’auteur imagine la camarde venir le trouver et lui dire « dans un english impec’ / Move Game over on déménage mec »), tous ces textes peuvent se déguster à vitesse estivale (deux ou trois par jour) ou au contraire, bien au frais, se descendre Cul Sec.

Poil, Plume, Chitine et Cie suivi de Cul Sec, éditions N & B. Le livre peut se commander directement en écrivant à l’adresse : nbeditions@free.fr



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