« Rendre à ces femmes leur entièreté, pas juste ce qu’elles avaient de défaillant » : le témoignage poignant de Romane Bohringer sur son parcours comme fille d’une mère héroïnomane

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l’essentiel
Invitée à un ciné-débat autour de son film « Dites-lui que je l’aime » organisé par la CPTS Tarbes Adour et Addiction France, la réalisatrice Romane Bohringer s’est d’abord confiée à des soignants et à des personnes victimes d’addiction, sur sa jeunesse et son parcours, évoquant ce film comme « une forme d’accomplissement, pour pacifier tout un pan de ma vie ». Entretien.

« C’est un honneur pour nous de profiter de la présence de Romane Bohringer pour traiter de problématiques silencieuses dans les familles et montrer que des solutions existent face aux addictions qui touchent toutes les classes. Or, on en parle rarement comme ça, sans dramatisation ni moralisation. » Vincent Ricarrère, éducateur spécialisé au sein d’Addiction France, a eu les mots pour introduire la venue de Romane Bohringer mardi à Tarbes. Avant de participer à un ciné-débat au Parvis, elle a rencontré des professionnels et des usagers des structures thérapeutiques des Hautes-Pyrénées. La réalisatrice s’est confiée sur son film « Dites-lui que je l’aime » où elle livre un pan de sa vie, elle qui a grandi avec une mère héroïnomane, décédée à ses 14 ans. Entretien.

Avant les échanges, Romane Bohringer a pris la pose avec les équipes de la CPTS Tarbes-Adour et de France Addiction.
Avant les échanges, Romane Bohringer a pris la pose avec les équipes de la CPTS Tarbes-Adour et de France Addiction.
Andy Barréjot

Romane, pourquoi ce film, inspiré du livre autobiographique de Clémentine Autain ? 

La lecture de ce livre a été un révélateur pour moi. Les gens peinent à mettre des mots sur cette situation. Moi aussi, j’avais du mal avec ça. Son parcours m’a servi de guide pour révéler des choses éparpillées en moi, enfouies. Elle a ouvert le chemin et j’ai voulu garder sa voie, sa trace autour du regard et de la position de l’enfant sur la fragilité des adultes qui nous ont élevées ou étaient censés nous montrer le chemin. Ce sont des sentiments paradoxaux, avec de l’incompréhension, de la colère, du dégoût, du rejet, de l’oubli, mais aussi, avec le temps, de la compréhension, de l’empathie et un certain pardon. 

Et finalement une certaine force…

Oui, chez nous deux, comme une résilience, une construction en opposition, en développant des caractéristiques communes, les mêmes névroses, les mêmes inquiétudes. Nous sommes des mères capables mais obsédées par la peur de ne pas l’être.

Quel rapport entretenez-vous avec l’alcool ou la drogue ?

Je suis épouvantée par tout ça, comme pour m’éloigner de ce danger. Je n’en consomme pas. J’ai appris que certains de mes amis avaient des addictions, sans que je m’en aperçoive. 

Ce n’est pas un film de ressentiment. Je voulais rendre leur place à ces femmes arrachées à la vie trop tôt. Même s’il y a eu de la colère et des sentiments désagréables… Je voulais regarder l’histoire de manière plus complète.

C’est un film riche d’humanité et d’espoir…

Nous avons eu deux mères « défaillantes ». Quand on met assez de distance avec ce risque, on peut en parler avec empathie et regarder l’histoire de manière plus complète. Je voulais rendre à ces femmes leur entièreté, pas juste ce qu’elles avaient de manquant, mettre un peu de lumière sur ces portraits. Ce n’est pas un film de ressentiment. Je voulais rendre leur place à ces femmes arrachées à la vie trop tôt. Même s’il y a eu de la colère et des sentiments désagréables… J’ai voulu raconter ce qu’est une vie d’enfant cabossée par les fragilités des adultes qui l’entourent et comment nous nous sommes construites. La colère et la rancœur empoisonnent aussi. Il y a aussi toute une beauté qui finit par nous arriver…

Qu’en a pensé votre père ?

Il m’a beaucoup encouragée et a eu de très beaux mots. Mais sans jamais vraiment abandonner la pudeur qui entoure nos rapports familiaux. 

On sent que ce film vous a fait du bien…

Oui. À titre personnel, j’ai eu le sentiment de prendre soin de ma propre histoire, de la remettre dans l’ordre, de tirer de l’ombre des questions, de pacifier aussi tout un pan de ma vie. Il y a une forme d’accomplissement, de force, pour moi via ce film, mais il y a d’autres moyens… Ça m’a fait du bien d’être la fille de ma mère à cette occasion. J’ai fait un chemin en tant que fille, en tant que femme et en tant que mère. Professionnellement, c’est un objet cinématographique qui a circulé et s’est partagé avec les gens. Ce n’est pas juste mon histoire ou celle de Clémentine, mais ça en raconte des milliers d’autres. Je m’en suis rendu compte quand j’ai vu à quel point ça résonnait chez les gens…



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