« Savoir que tu permets à un gosse d’avoir deux repas par jour, ça donne du sens à l’engagement », Jean-Jacques Dard est le nouveau président de la Banque alimentaire des Hautes-Pyrénées

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l’essentiel
Jean-Jacques Dard vient d’être élu président de la Banque Alimentaire des Hautes-Pyrénées. Bénévole au sein de cette association caritative depuis quatorze ans, il mesure tous les enjeux de cet engagement. Aujourd’hui, la Banque Alimentaire sert trente associations caritatives qui touchent 9 500 personnes ayant besoin d’aide alimentaire, avec de plus en plus de familles monoparentales ou d’étudiants. 

Jean-Jacques Dard, vous venez d’être élu président de la Banque alimentaire des Hautes-Pyrénées

J’étais bénévole en charge de la communication depuis 14 ans. C’est surtout le président actuel et le bureau, ainsi que les salariés, qui m’ont poussé à prendre cette charge. Je mesure la responsabilité qu’il y a derrière.

Rappelez-nous ce qu’est la Banque alimentaire, une association caritative qui collecte des denrées alimentaires, mais qui ne les distribue pas directement…

C’est ça. Nous servons 30 associations sur le département. En fait, nous recevons des produits venant d’Europe, pour une part. Pour une autre part, ils sont le fruit de ce qu’on appelle la ramasse : tous les matins, nous avons des camions qui vont dans les grandes surfaces ramasser des légumes, des fruits et d’autres types de produits en fin de vie pour les magasins, mais consommables, bien sûr. Et puis il y a les grandes collectes que nous faisons tous les ans, que ce soit la collecte de printemps, la collecte nationale ou d’autres types d’opérations menées soit par des associations, soit au travers d’un pôle jeunesse que nous avons créé, où nous travaillons avec les collèges, les lycées et les écoles primaires sur la notion de solidarité et de partage.

Les jeunes découvrent la solidarité

Les jeunes viennent une demi-journée ou deux demi-journées à l’ABA, s’impliquent dans le tri, dans la préparation des commandes, puis mènent des opérations de terrain dans leurs établissements. Donc, à la fois, c’est une notion de solidarité et aussi une notion transgénérationnelle, parce que la plupart des bénévoles qui sont à l’ABA sont quand même des retraités.

Avec quelles associations travaillez-vous ?

Nous servons, par exemple, tous les CCAS du département, les centres communaux d’action sociale, Tarbes, Lourdes, Bagnères, Lannemezan et d’autres. Nous servons la Croix-Rouge, nous servons les épiceries solidaires, le STAPS ; ce sont les associations qui nous disent qu’elles ont tant de personnes à servir, et nous préparons les colis en conséquence, en essayant toujours de nous rapprocher au plus près de l’équilibre alimentaire. Ce n’est pas simplement donner des pâtes, c’est donner des légumes, des fruits, si possible du poisson, de la viande, du lait. Depuis 3 ou 4 ans maintenant, nous pouvons aussi acheter des produits. Jusque-là, cela nous était interdit. Aujourd’hui, nous pouvons acheter des produits, ce qui nous permet de travailler sur des circuits courts, avec des agriculteurs bigourdans. Même si c’est un peu plus cher, nous voulons faire travailler le local. C’est le cas pour le lait, c’est le cas pour d’autres produits. Et là, nous aimerions développer cela : si des agriculteurs sont intéressés, pour développer le maraîchage, notamment tout ce qui est fruits et légumes. S’ils ont trop de stock, nous pouvons en prendre.

Qu’est-ce que cela représente ? 

Cela a correspondu à 34 000 euros d’achats en 2025. Ce n’est pas neutre.

Est-ce qu’il y a une évolution des personnes qui ont besoin d’aide alimentaire ? 

Il y a à la fois des étudiants, beaucoup de femmes seules avec enfants et des personnes âgées avec de petites retraites.

Aujourd’hui, combien y a-t-il de bénévoles à la Banque alimentaire ?

Aujourd’hui, la Banque alimentaire compte 115 bénévoles dans tous les secteurs d’activité. Il y en a qui font du transport, ce qu’on appelle la ramasse, les chauffeurs. D’autres trient les produits que nous recevons, les produits frais, les légumes, les fruits, parce que nous ne donnons que ce que nous mangerions nous-mêmes. Et puis nous cherchons aussi des compétences en informatique, en sécurité, en mécénat, dans tous les secteurs de ce qu’on appelle le RISA, c’est-à-dire tout ce qui est suivi de la sécurité alimentaire. Là, nous sommes surtout en recherche de compétences en informatique et en mécénat, c’est-à-dire quelqu’un qui aurait travaillé dans le commercial, qui serait proche des entreprises : ce sont des secteurs que nous voudrions développer.

Comment voyez-vous l’évolution de la société ? 

Il y a une fragilisation. Nous, on le voit dans l’évolution : en quelques années, nous sommes passés de 7 600 bénéficiaires à aujourd’hui plus de 9 500. Et malheureusement, on peut craindre que cela ne fasse qu’augmenter. Il y a cette problématique des étudiants sur laquelle nous allons essayer de poser une réflexion. Sur 100 euros que nous collectons, il y a 8 euros pour le fonctionnement et 92 euros qui sont redistribués.

Vous avez toujours des besoins ? 

L’investissement va représenter 230 000 € sur trois ans. Il va falloir qu’on change un camion et l’équiper en froid. Bien évidemment, quand nous allons collecter des produits dans les grandes surfaces, il ne faut pas que nous coupions la chaîne du froid.

Si une entreprise a des véhicules qu’elle renouvelle, vous cherchez ce type de dons ?

Cela peut être intéressant. Après, nous sommes bien accompagnés par l’État, par la région et le département, et puis aussi par des partenaires comme les banques ou l’entreprise Barcos. Nous avons quand même pas mal de soutien sur le département. Un élu, un jour, nous a dit : « Il n’y aurait pas la Banque alimentaire, il y a des gosses qui ne feraient qu’un repas par jour, celui de la cantine. » Savoir que tu permets à un gosse d’avoir deux repas par jour, ça donne du sens à l’engagement.



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