Une jeune femme de 18 ans pouvait-elle consentir à une relation sexuelle après avoir pris du Valium ? C’est la question qui a dominé les débats devant la cour criminelle des Hautes-Pyrénées, où un trentenaire était jugé pour le viol de celle qui était alors son amie.
« Les conditions n’étaient pas optimales pour un rapport sexuel ce soir-là. » Face à la présidente de la cour criminelle des Hautes-Pyrénées, Evan Avanande, l’accusé a choisi ses mots. Ce trentenaire, placé sous contrôle judiciaire, répondait du viol d’une jeune femme de 18 ans à Lannemezan. Des faits pour lesquels il encourait jusqu’à 15 ans de réclusion criminelle. « Que doit-on comprendre ? », a relancé la magistrate. « Peut-être un manque de discernement de ma part, mais je conteste le viol. »
Tout au long de cette unique journée d’audience, la même question était au cœur des débats : la jeune femme était-elle en état de consentir ?
Appelée à la barre, la victime a livré un récit digne et mesuré de cette soirée où tout a basculé. Après une chute de cheval et de fortes angoisses, un médecin des urgences lui a prescrit du Valium. Ce soir-là, après une dispute avec celui qu’elle présente désormais comme un ami, elle a pris deux comprimés au lieu d’un. « Quelques minutes après, je tenais à peine debout. » Les souvenirs qu’elle garde de cette nuit restent fragmentaires. « Je me rappelle de flashs, d’une lumière sur mon visage. D’un liquide qui coule entre mes cuisses et qu’il essuie. Puis je me souviens qu’il était sur moi, en moi. »
Un comportement inhabituel
Tous deux s’étaient connus dans une boulangerie de Lannemezan où ils travaillaient. D’abord « sex friends », puis brièvement en couple à la demande de l’homme, ils avaient rompu au bout d’une semaine après qu’il était devenu possessif et jaloux. « Je lui avais dit que c’était terminé. Lui espérait encore, je pense. Nous étions néanmoins restés amis », a expliqué la jeune femme. Malgré la séparation, elle continuait à l’héberger ponctuellement pour lui éviter les trajets entre Tarbes, où il vivait, et Lannemezan. « Avec du recul, je pense avoir été naïve. »
À son réveil, elle croit d’abord avoir rêvé. Puis viennent les messages envoyés par l’accusé. Il lui écrit notamment qu’il la préférait « sous cachets parce qu’elle était plus câline. » Un ami, à qui elle confie son malaise, lui fait alors prendre conscience de la gravité des faits et l’incite à contacter la gendarmerie. Les militaires de Lannemezan interviennent immédiatement à son domicile.
Placé en garde à vue, l’homme reconnaît deux rapports sexuels mais soutient qu’ils étaient consentis. En revanche, il dit avoir remarqué que la jeune femme avait un comportement inhabituel, mais sans s’en être inquiété. « Vous avez pourtant pris soin de faire un enregistrement vocal dans lequel vous lui demandez si elle est d’accord, au cas où vous auriez ensuite des problèmes », a souligné la présidente de la cour.
« L’avez-vous vue prendre des cachets ce soir-là ? » Et l’accusé de répondre « oui, mais je n’y ai pas vraiment prêté attention. » « Alors pourquoi lui écrire le lendemain que vous la préfériez sous cachets ? », a rebondi la présidente.
De puissants effets secondaires
Appelé à apporter son expertise, le docteur en pharmacie et sciences Antoine Petitcollin, responsable du laboratoire de toxicologie de l’hôpital Tarbes-Lourdes, a éclairé la cour sur les effets du Valium. « Pour une première prise, surtout à dose doublée, le médicament peut provoquer une importante somnolence, une désinhibition et des épisodes d’amnésie. » Les symptômes décrits par la plaignante sont, selon lui, compatibles avec de tels effets secondaires, qu’un tiers aurait pu facilement remarquer.
Mis face à ses versions changeantes et à ses contradictions, l’accusé a fini par reconnaître avoir violé la jeune femme. Pour Me Véronique Rolfo, avocate de la partie civile, comme pour l’avocat général qui a requis sept ans d’emprisonnement, l’homme a bel et bien profité de son état de vulnérabilité pour lui imposer des rapports sexuels auxquels elle ne pouvait consentir.
Me Loréa Chipi, avocate de l’accusé, a dressé le portrait d’un jeune homme qui a grandi dans un contexte difficile, avec un père violent envers sa mère et lui-même. Ce qui aurait pu avoir un effet néfaste sur son rapport aux femmes.
À l’issue d’un bref délibéré, la cour a rendu son verdict : Evan Avanande a été condamné à cinq ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt. À l’issue de son procès, il a été incarcéré.


