Le relogement des habitants de la cité de l’Ophite à Lourdes marque un tournant pour Micheline. Après 53 ans, elle quitte son ancien quartier pour un T3 lumineux. Malgré la nostalgie, elle savoure ce nouveau départ.
Le soleil est généreux dans l’appartement tout neuf de Micheline, non loin du quartier de l’Ophite à Lourdes. Titus, le petit chien de sa fille, se balade de la terrasse à la cuisine en jappant, apparemment lui aussi ravi de cet environnement. Les nouveaux lotissements sont destinés à accueillir les habitants de la cité de l’Ophite au fur et à mesure que les étages se vident et que certains immeubles sont détruits. Un pan entier de l’histoire personnelle de ces résidents historiques part ainsi en poussière : un crève-cœur, mais aussi un nouveau départ.
C’est le cas de cette habitante qui a passé 53 ans du côté de la tour : « Ma famille habitait à Chanteclerc, mais cela devenait trop petit. J’ai eu quatre enfants et on m’a proposé un F5 avec un garage et une cave en bas. Parfois, nous avions 48 gosses sur le palier, ça fait partie des très bons souvenirs de notre vie à l’Ophite. »
Aujourd’hui veuve depuis 21 ans, ses enfants ayant grandi et quitté le nid, Micheline continuait à couler des jours heureux dans ce quartier et dans son logement où ses petits-enfants venaient régulièrement lui rendre visite. Puis la nouvelle de la démolition des lieux et du relogement des habitants a commencé à circuler : « Au début, cela ne m’a pas trop titillée. Je me disais que ce n’étaient peut-être que des paroles, que ça arriverait mais bien plus tard. Mais quand j’ai dû remplir le dossier, là, ça devenait sérieux. »
Elle obtient finalement un T3 à la résidence Mado-Sagot, mais la décision ne s’est pas prise sereinement : « Cela a été très dur parce que j’avais passé tellement de temps là-bas, j’y avais tellement de souvenirs. Il a fallu jeter des meubles, j’en ai gardé quelques-uns. »
Un petit jardin à cultiver
Aujourd’hui, depuis son emménagement au mois de septembre, les regrets se sont effacés dans son T3 au rez-de-chaussée, avec des ouvertures qui laissent passer la lumière du jour et un petit jardin qui sera bientôt rempli de fleurs :
« Sur le moment, j’ai été triste mais maintenant je n’ai aucun regret. Je suis bien, je suis aérée, le soleil rentre partout dans l’appartement, c’est vraiment très agréable. À l’Ophite, j’étais au troisième étage ; ici, je suis de plain-pied. J’ai une salle de bains fonctionnelle, spacieuse et adaptée. C’est important car j’ai 76 ans et, dans cette résidence, il y a des personnes âgées donc pas de bruit, c’est très calme. On a le supermarché à côté, la boulangerie, je peux y aller à pied, en sécurité, c’est très pratique. J’avais un jardin familial à l’Arrouza avant qu’il ne soit emporté, comme tous les autres, par la crue. Ici, j’ai bien l’intention de fleurir ce petit bout, c’est ma passion. Je peux aussi loger mes petites-filles quand elles viennent en vacances. »
« Je n’irais pas voir la démolition »
Entourée, Micheline sait compter sur l’aide de sa fille qui l’accompagne lors de ses visites médicales par exemple. Une vie apaisée pour celle qui a travaillé jusqu’à 66 ans : « J’ai beaucoup bossé, j’ai fait de tout : le linge, le ménage. Alors je peux dire que je suis un peu usée et cet environnement calme et reposant est le bienvenu. »
Pourtant, elle ne peut s’empêcher de penser à la démolition qui se profile sur les lieux où elle a vécu heureuse : « J’habitais côté rochers et là, je suis de l’autre côté, donc je ne verrai pas quand ils vont faire tomber cette partie. Parce que ce sont aussi des souvenirs. De toute façon, je n’irai pas voir. »
Une nouvelle vie, de nouveaux voisins et un jardin à préparer pour le printemps et l’été, la vie de Micheline a changé, mais elle est toujours aussi intense, même si elle garde en elle la richesse de ces 53 années passées juste de l’autre côté de la route.


