Installés depuis le week-end sur les ronds-points d’accès à l’autoroute, les agriculteurs bloquent entrées et sorties pour réclamer des mesures alternatives et un soutien d’urgence face à une crise qui menace toute la filière agricole.
Installés depuis le week-end dernier sur les ronds-points d’accès à l’autoroute, les agriculteurs bloquent entrées et sorties pour protester contre l’abattage systématique des troupeaux dès qu’un cas de Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) est détecté. À Lannemezan, en plein territoire agricole et d’élevage, la mobilisation est bien présente. Toutes les branches de l’agriculture sont concernées et elles sont déterminées à rester le temps qu’il faudra pour que leurs revendications soient enfin entendues et respectées.
Sur place, Joël, Florent, Patrice, Jérôme et Margalida attendent, une fois encore, les annonces du ministère. Mais ils ne cachent pas leur scepticisme, tant la colère se mêle au désespoir face à la montagne d’obstacles qui se dresse devant eux.
« Nous voulons que nos revendications soient entendues. Nous demandons un abattage sélectif et des tests pour vérifier la santé des animaux. On aime nos bêtes et on se dresse contre l’abattage systématique. C’est le travail de plusieurs générations qu’on est en train de détruire », confient-ils, amers.
« Coincés entre deux zones »
Un constat d’autant plus dur qu’ils estiment que la situation aurait pu être, sinon évitée, au moins atténuée : « Nous avions demandé la vaccination début octobre. Cela nous a été refusé sous prétexte qu’il n’y avait pas de cas. Aujourd’hui, nous sommes en zone réglementée, coincés entre deux zones, sur un territoire majeur d’élevage. L’impact sera sans précédent ici. La DNC touche tout ce patrimoine qu’est notre agriculture. Si ça continue, il sera impossible de repeupler nos campagnes. Cela ne se fera pas en six mois, c’est toute une économie qui souffre. On avait réussi à relancer le marché de Rabastens, il va en pâtir, et si on le perd, on perd aussi la cotation. »
Sur les ronds-points d’accès à l’autoroute, notamment à Lannemezan, la détermination est totale : « On doit déjà faire face aux prédateurs — loups, ours, vautours — et aujourd’hui, on importe de la nourriture, et quelle nourriture ! Il y a quarante ans, nous étions exportateurs. »
Au-delà des animaux, c’est toute la filière qui est impactée. Certaines professions souffrent depuis longtemps, d’autres sont désormais touchées de plein fouet par ces abattages massifs, comme ce céréalier :
« Dans mon entreprise, 70 % de mes clients sont des éleveurs. Ça va devenir très compliqué de faire rentrer de la trésorerie. Et en plus, on nous annonce de nouvelles taxes sur les engrais azotés, 40 € la tonne, censées être prises en charge par l’État… mais on a de sérieux doutes. »
D’autres problématiques viennent s’ajouter, notamment celle de l’irrigation, une ressource de plus en plus coûteuse et parfois difficilement accessible : « Il est inadmissible qu’on nous interdise d’irriguer alors qu’on pompe de l’eau pour fabriquer de la neige de culture. La priorité, c’est l’irrigation des cultures. »
Les agriculteurs dénoncent également l’absence de construction de retenues d’eau depuis près de quarante ans et attendent désormais des gestes forts de l’État. « Pendant les mois où nous ne pourrons plus vendre, nous avons besoin d’une trésorerie d’urgence », espèrent les éleveurs et agriculteurs impactés.
Ils ont tenu à remercier la sénatrice Maryse Carrère, venue leur rendre visite :
« Pierre Abadie, son suppléant, nous appelle tous les jours, mais nous attendons encore le passage de notre députée. »


