DECRYPTAGE. Violences sexuelles dans l’Église : ce qui va changer avec « Renaître », le nouveau dispositif d’accompagnement des victimes mineures

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l’essentiel
Pour continuer d’accompagner les victimes mineures de violences sexuelles au sein de l’Église, les évêques ont dévoilé à Lourdes le dispositif « Renaître », qui va succéder à l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation.

« Une bonne session de travail » à Lourdes. Comme à chaque début de printemps, juste avant Pâques, les évêques de France se sont réunis dans la cité mariale pour leur traditionnelle assemblée plénière, achevée ce vendredi. La seconde sous la présidence du cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, au cours de laquelle les responsables catholiques ont abordé, comme d’habitude, de nombreux sujets et problématiques qui touchent l’Église, la société française et même plus largement le monde.

Parmi eux, il a notamment été question de l’enseignement catholique ou encore de la lutte contre les violences sexuelles et tous les abus au sein de l’Église. Avec un enjeu central : avancer sur la mise en place d’un nouveau dispositif capable de supplanter efficacement l’Inirr. Pour rappel, l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation avait été créée en novembre 2021 à la suite de la publication du Ciase établissant que 330 000 mineurs ont été victimes d’abus sexuels par des prêtres ou des laïcs chargés du catéchisme ou de l’aumônerie depuis les années 1950…

« Une réponse de crise à une situation de crise » qui a largement prouvé son utilité, puisque 1 789 personnes ont saisi l’instance depuis sa création pour bénéficier de démarches restauratives (écoute, reconnaissance, accompagnement en justice) voire de réparations financières. L’an dernier, l’Inirr a même connu une hausse de 35 % de son activité, « en écho aux violences sexuelles révélées dans le cadre de l’enseignement catholique », comme l’affaire Bétharram par exemple. Preuve en est de l’intérêt de ce dispositif, alors que l’Église n’en a sûrement pas fini avec les affaires de pédocriminalité…

« Renaître » prend la suite de l’Inirr

Pourtant, le mandat de l’Inirr arrive à échéance à la fin de l’été. Il était donc impératif pour la Conférence des évêques de France (CEF) d’établir un nouveau dispositif pérenne pour l’avenir. Celui-ci a été présenté lors de l’assemblée plénière de printemps à Lourdes et voté à une immense majorité par les évêques. Baptisé « Renaître », il doit permettre l’accueil, l’écoute et l’accompagnement des personnes victimes de violences sexuelles lorsqu’elles étaient mineures.

« Ce dispositif sera en vigueur dès le lendemain de l’arrêt de l’Inirr, promettent Gérard Le Stang, évêque d’Amiens, et Laurent Percerou, évêque de Nantes. Il a pour objectif de poursuivre de façon permanente le travail de reconnaissance de la souffrance et l’accompagnement des personnes victimes vers des démarches restauratives. »

Concrètement, ce nouveau dispositif sera constitué d’un réseau national de proximité avec, dans les diocèses, des cellules d’accueil et d’écoute ainsi que des accompagnants chargés de la mise en œuvre des démarches restauratives. Celui-ci sera coordonné par une instance nationale dont les évêques assurent qu’elle sera « indépendante » (comme l’est l’Inirr) et bénéficiera d’une autonomie de fonctionnement pour garantir l’impartialité ainsi que l’équité dans le traitement des situations.

Pour une « Église sûre »

Les victimes souhaitant saisir le dispositif « Renaître » pourront se tourner soit vers les cellules locales, soit directement vers l’instance nationale. « On connaît des victimes dont le traumatisme est tellement fort qu’elles ne peuvent même plus rentrer dans une église. Cela réveille des violences et des douleurs, appuie Mgr Percerou. Il est donc tout à fait entendable qu’elles puissent directement saisir l’instance nationale. »

Dans tous les cas, les victimes qui le souhaitent seront accompagnées vers des démarches restauratives adaptées à leur situation. Un chemin de reconstruction unique auquel une réparation financière pourra également être accordée sur demande, selon des modalités et un barème qui restent à définir. Une nouvelle prise en charge pour les victimes mineures qui devra faire ses preuves à partir du 1er septembre 2026, tandis que la CEF prévoit également d’accentuer d’ici la fin de l’année son dispositif à destination des victimes, cette fois à l’âge adulte. En espérant pouvoir « construire une Église sûre », alors que les affaires de violences sexuelles, même si prescrites en justice, ne cessent de se faire jour depuis plusieurs années…



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