Entretien avec l’autrice de thrillers Céline Denjean, originaire des Hautes-Pyrénées, à l’occasion de la sortie de son nouveau roman, « Déferlante ».
Il y a au moins deux changements majeurs dans le dixième livre de Céline Denjean. Déferlante marque une étape importante pour l’auteure qui va fouiller dans les secrets d’une grande famille bretonne quelques pêchés inavouables, pas mal de vielles et rances haines. Le tout sous tendu par une intrigue qui fait de ce livre un formidable thriller.
Comment vous est venu le goût d’écrire ?
Céline Denjean : C’est le plaisir de lire qui a engendré très tôt chez moi l’envie d’écrire. Parce qu’en fait, j’avais une telle jubilation petite à découvrir les Enid Blyton, le Club des Cinq… toute cette littérature de jeunesse des années 80 qui a d’ailleurs créé les lecteurs que certains sont aujourd’hui, dont moi. Il y avait tout ce plaisir du suspense, de la tension, de la découverte aussi d’un monde imaginaire. Et au final, je crois que c’est dans le plaisir de lire que naît l’envie d’écrire, avec cette idée qu’on a envie de faire vivre aux autres toutes les émotions qu’on a soi-même ressenties. Après, on se heurte à d’autres réalités. Il ne suffit pas d’avoir le désir d’écrire. Il faut arriver à le mettre en œuvre. Ça, c’est encore autre chose.
Est-ce que vous vous souvenez de l’émotion que vous avez pu avoir quand votre premier livre a été édité ?
Oui et ça, ça reste effectivement le souvenir le plus marquant de ma carrière d’auteur. C’est le jour où j’ai su que j’allais enfin être édité, je m’en souviens très bien. Et l’émotion, c’était à la fin une immense joie et très sincèrement, un sentiment très, très fort d’accomplissement. Comme si c’était le Graal, quelque part, qui venait couronner ma vie d’un sens. Alors, fort heureusement, j’ai pu derrière commettre d’autres ouvrages et avoir la joie d’être encore publié…
C’est votre dixième livre, il a une saveur particulière ?
Oui, parce que c’est le dixième, et parce que c’est le premier que j’ai écrit, qui se passe totalement… un suspense pur que j’écris sans l’archétype du personnage d’enquêteur et sans l’épine dorsale que constitue l’enquête dans la narration habituelle. Pour moi, c’était un grand changement, un grand virage que je me suis défié de prendre. Donc c’était un formidable champ de liberté. Et à la fois, il fallait totalement se réinventer, trouver d’autres ressorts narratifs, c’est le livre d’un renouveau au niveau de ma narration et de la manière dont je m’empare de mon imaginaire et de l’écriture.
Comment est venue l’histoire ?
Alors ça, c’est un peu la magie du truc. Je vais essayer d’être claire. Ces dernières années, à partir de MeToo, il y a eu beaucoup de dénonciation des abus envers les femmes. Et pas que d’ailleurs : les enfants, hors genre, masculin, féminin, les abus que générait l’industrie cinématographique ou l’industrie de l’art de manière générale. J’ai lu beaucoup de choses extrêmement choquantes, quand quelque chose est partagé sur les réseaux et que chacun y va de son commentaire. J’ai lu des choses qui m’ont véritablement horrifié, autour de ces femmes qui avaient osé prendre la parole, parfois 15 ans, 20 ans, après… et qui se faisaient mettre en pièces. Et je me suis dit : « ça pourrait être un sujet ; ces abus que l’industrie du cinéma a pu générer ». En essayant de le montrer de l’intérieur Et donc c’est là qu’est né le personnage de Chloé. Mais j’avais également envie d’explorer les arcanes d’une famille.
Sans vos personnages fétiches donc ?
Oui, pour ce livre, je n’ai pas le fil à la patte de personnages récurrents. Jusqu’à présent j’avais mon major Louise Coman, gendarme à la brigade de recherche de Tarbes. Et avant elle, il y avait Louise Boutier, policière à la section de recherche de Toulouse. Donc là, c’était l’occasion de me promener ailleurs en France. Et donc c’est très naturellement que je suis allé vers la Bretagne et vers cet élément de l’océan aussi qui permet aussi de dépeindre des ambiances, des paysages, des odeurs qui sont très différentes.
Quel est le pouvoir de la littérature, en général, et de la littérature policière en particulier ?
Je crois que le livre est un formidable vecteur. Au travers d’une fiction, des personnages qu’on crée de toutes pièces, on vient traiter de choses extrêmement réelles. Et c’est ce qui fait des livres, un formidable vecteur pour interpeller les gens. Et notamment dans le genre noir, dans la littérature policière ou suspense, je touche les zones d’ombre de la société, les glissements, les choses préoccupantes de notre monde. Et on peut s’en emparer grâce à une fiction. On vient gratter à certains endroits. L’enjeu est de divertir tout en ayant un vrai sujet. Avec un roman policier on peut aussi soulever des questions ou s’emparer de questions qui sont sociétales.


