La police d’investigation à bout de souffle : Une expérimentation pour améliorer les conditions de travail

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Nicolas Cabos et Yann Bastiere pour le syndicat Un1té ont évoqué la semaine des 4 jours qui est testée dans les services d’investigations du commissariat de Tarbes.

Face à une situation de surcharge chronique et un manque criant d’attractivité des métiers de l’investigation, le commissariat de Tarbes, avec le soutien du syndicat Un1té, teste un nouveau modèle d’organisation : la semaine de quatre jours. Nicolas Cabos, représentant syndical Un1té à Tarbes et Yann Bastiere, délégué national investigation Un1té, reviennent sur les enjeux de cette expérimentation et ses premiers résultats.

Un constat alarmant : des services saturés

Les services d’investigation à l’échelle nationale traversent une crise profonde. « Les services sont submergés par un volume de dossiers très important à traiter, sans assez de main-d’œuvre », explique Nicolas Cabos. Cette surcharge pèse non seulement sur l’efficacité des enquêtes mais également sur la motivation des agents. Ce contexte a conduit à une désaffection pour ces postes autrefois convoités : « Ce qui était attractif est devenu presque punitif. Aujourd’hui, on se bat pour ne pas aller à l’investigation », explique Yann Bastiere.

La semaine de quatre jours : une réorganisation innovante

Pour répondre à cette crise, le Service Départemental de la Police Judiciaire (SDPJ) de Tarbes a obtenu une expérimentation de la semaine de quatre jours, débutée en mai 2023. Il ne s’agit pas de réduire le temps de travail, mais de le réorganiser : « On rallonge un peu les journées et on réduit les pauses méridiennes tout en respectant les 1607 heures annuelles », précise Nicolas Cabos.

Cette initiative s’inscrit dans une dynamique nationale, avec Tarbes comme l’un des neuf sites pilotes. « Nous avons été le premier syndicat à proposer ce projet fin 2023, et il a trouvé un écho jusque dans les déclarations du premier ministre de l’époque Gabriel Attal ».

Des résultats encourageants

Les premiers retours sont globalement positifs. « Le bien-être des collègues a clairement évolué. Ils se sentent mieux, plus équilibrés et peuvent profiter d’un vrai week-end de trois jours en famille », note Nicolas Cabos. Bien que les journées soient plus longues, ce nouveau rythme permet un meilleur équilibre entre vie professionnelle et personnelle.

Cependant, des ajustements sont nécessaires. « Nous attendons des directives du Directeur Général de la Police Nationale (DGPN) pour améliorer localement cette réforme. Le besoin d’effectifs supplémentaires reste crucial pour pérenniser ce modèle. »

Les défis persistent

Malgré ces avancées, les problèmes structurels des services d’investigation demeurent. La surcharge des dossiers est aggravée par un outil informatique obsolète, datant du siècle dernier, et incapable de s’adapter aux réformes récentes : « Notre logiciel de rédaction n’est même pas à jour pour les nouvelles réglementations sur la garde à vue, ce qui expose à des vices de procédure », alerte Nicolas Cabos.

Par ailleurs, la diminution du nombre d’officiers et la difficulté à attirer de nouveaux talents compliquent la gestion des équipes : « Les conditions de travail sont dégradées au point que cela décourage les jeunes policiers. »

Une réforme à renforcer

Pour garantir le succès de la semaine de quatre jours et redonner de l’attractivité aux métiers de l’investigation, le syndicat Un1té plaide pour une augmentation des effectifs et une modernisation des outils de travail. « Il faut des solutions pour traiter efficacement les dossiers et répondre aux attentes des citoyens. Cela passe par une véritable volonté politique », explique Nicolas Cabos.

L’organisation des officiers de police judiciaire (OPJ) repose sur une gestion complexe, mêlant trois niveaux de hiérarchie : la judiciaire, pilotée par le parquet ; l’administrative, sous la direction centrale ; et la préfecture, notamment pour les dossiers liés aux étrangers. Cette multiplicité de décisions engendre parfois des contradictions et des lenteurs. « Il faudrait harmoniser tout cela, car c’est devenu fatigant », confie Nicolas Cabos, pointant l’absence actuelle d’un chef au sein du SDPJ, compliquant encore la coordination.

Un manque d’attractivité des postes

Autrefois très convoités, certains postes vacants, comme ceux d’officiers à Bayonne ou à Tarbes, peinent à trouver preneurs. Pourtant, les défis restent nombreux : enquêtes complexes, violences sexuelles, ou encore viols nécessitent des investigations minutieuses, auxquelles le manque de temps consacré inquiète les professionnels.

Face à ces difficultés, l’expérimentation de la semaine de quatre jours s’impose comme un sujet de réflexion. Des ajustements, inspirés d’expériences menées dans d’autres régions comme Grenoble, pourraient améliorer le quotidien des enquêteurs. « Là-bas, ils ont opté pour un système fixe : lundi à jeudi travaillés, avec des permanences restreintes le week-end. C’est audacieux, mais cela fonctionne », explique Yann Bastiere, prônant des adaptations au cas par cas selon les territoires.

Cependant, tous les services ne s’accordent pas sur ces changements. Certains, comme les unités prenant les plaintes au quotidien, demandent un retour aux anciens cycles de travail. « Le directeur refuse de prendre cette décision sans aval national, ce qui retarde tout ajustement », déplore Nicolas Cabos.

Les policiers s’interrogent sur l’avenir de leur profession. « Nous devons mixer différemment ces heures, mais cela ne signifie pas une réduction du temps de travail », explique Yann Bastiere. « Certains chefs de service en fin de carrière et jeunes commissaires cherchent encore des solutions. On bricole depuis trop longtemps, il faut relancer la machine. »

Des résultats attendus à l’échelle nationale

L’expérimentation menée dans plusieurs commissariats devait être évaluée fin 2024, mais l’absence de décision claire et la vacance prolongée de postes au niveau national retardent les conclusions. « Nous attendons toujours l’audit de l’IGPN pour savoir si cette organisation sera pérennisée. » En attendant, les enquêteurs restent dans l’incertitude, entre espoir de réformes et crainte d’une stagnation.

Malgré des retours positifs sur la qualité de vie au travail, des tensions subsistent quant à l’efficacité opérationnelle. « Quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage », résume Yann Bastiere, pointant du doigt les critiques parfois injustifiées de la direction. « L’urgence est désormais de trouver un équilibre entre bien-être des agents et efficacité du service public, dans une institution qui se cherche encore des solutions adaptées aux réalités locales ».

Avec cette expérimentation, Tarbes pourrait devenir un modèle à suivre pour d’autres commissariats confrontés aux mêmes défis. Mais pour transformer l’essai, il faudra des engagements forts en termes de moyens et de soutien structurel.

A lire aussi :

Tarbes – Mobilisation pour un nouveau commissariat : où en est-on ?

La question de la construction d’un nouveau commissariat à Tarbes reste au centre des préoccupations d’Unité 65, seule organisation syndicale à mener un combat déterminé sur ce dossier. 



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