La rencontre qui a changé la vie d’écolière de Sabrina

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l’essentiel
Dans la chronique de Thérèse, Sabrina Dollé-Jacottin dévoile le goût d’apprendre sous le regard bienveillant de Madame Cluzon.

Il m’a fallu atteindre le cour moyen première année pour connaître la véritable rencontre, celle qui allait bouleverser ma vie d’enfant. Faire ses premiers pas à l’école, si chacun d’entre vous s’en souvient, relève de l’aventure. Pour certains, la séparation d’avec les bras de leur mère se fait sans heurts ni grande déchirure, pour d’autres, la confrontation à un nouvel adulte marque leur esprit. Si ce passage reste crucial pour parfaire son éducation, trouver sa place dans la société et apprendre à vivre avec des inconnus, il n’en demeure pas moins que les affinités ne sont pas toujours au rendez-vous.

Me retrouver dans la classe de Madame Cluzon, à l’école de Loures-Barousse fut pour moi, une chance inouïe. De la trempe de la génération des instituteurs, où le respect et la discipline étaient de rigueur, son effet Pygmalion ne pouvait que l’honorer. Dans son regard, le reflet qu’elle me renvoyait ne pouvait que m’encourager et me donner l’envie d’apprendre et d’aimer des matières qui jusque-là, me semblaient rébarbatives et emplies de difficultés. Durant ces deux années passées à son contact, j’ai eu le sentiment d’acquérir les bases nécessaires qui allaient m’être d’une grande utilité tout au long de ma vie. Je ne pourrais que remercier cette enseignante et sa pédagogie, centrée sur ses élèves, qui accordait le droit à l’erreur et ouvrait la voie de la progression.

Grâce à elle, tout devenait plus simple : les mathématiques, la grammaire, l’histoire, la géographie…et d’autant plus, ma matière favorite : le français, avec l’étude et la compréhension de textes. Avec mes camarades, nous découvrions Le seigneur des Hautes-buttes de Marcel-aimé Baudouy. J’espère de tout cœur que certains se souviennent encore de ce renardeau orphelin, manchot et traqué par les hommes, dont les aventures ne pouvaient que nous entraîner au milieu d’autres animaux peuplant nos forêts. Son expérience ne pouvait qu’éveiller en nous, un élan d’humanité et d’empathie envers autrui, qui selon certaines sources médiatiques ferait défaut à la jeunesse d’aujourd’hui.

À la fin de l’année scolaire, nous avions invité l’auteur à partager un moment sur nos bancs d’écoliers. Pour lui faire honneur, nous avions peint une fresque reprenant tous les protagonistes de son histoire. Elle resta longtemps affichée, même l’année scolaire suivante, au-dessus du grand tableau noir. Sur des diapositives, nous avions dessiné des passages du livre que nous projetions en toute humilité, devant le regard impressionné de notre invité. Avec beaucoup de bienveillance, notre auteur nous offrit sa dédicace. Je vous avoue n’avoir jamais oublié cet instant, qui nous avait tous rassemblés autour d’un même objectif et qui avait rempli mes yeux de magie.

Notre route est parsemée de cailloux : certains abîment nos chaussures, d’autres nous montrent la bonne direction. Il en suffit d’un seul pour le suivre et trouver son destin. Merci, Madame Cluzon !

06 30 53 61 50



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