Dans l’attente de la vaccination des troupeaux, la dermatose nodulaire contagieuse pourrait mettre à mal la survie des races bovines locales à faibles effectifs, comme la Lourdaise dans les Hautes-Pyrénées.
De belles cornes en lyre, une robe assez claire allant du blanc au froment, la tête ornée d’un chignon et des aplombs solides pour la montagne… Pas de doute, nous sommes en présence de vaches lourdaises : une race rustique et mixte assez méconnue, passée proche de l’extinction. Dans les années 1970, il ne restait qu’une dizaine de femelles et un seul taureau… Heureusement, grâce à l’implication de quelques paysans passionnés, la race a pu être sauvée.

« Aujourd’hui, les effectifs restent faibles mais ils progressent, souligne Cyril Bibes, président de l’association nationale de la race bovine lourdaise (ANRBL) qui en assure la promotion. On recense environ 350 femelles. Pour la petite histoire, il s’agit de la seule race bovine issue uniquement des Hautes-Pyrénées, et plus particulièrement du secteur de Lourdes, qui est d’ailleurs la seule ville de France à avoir deux races (bovine et ovine) à son nom. C’est un patrimoine vivant que l’association œuvre à faire connaître afin de mieux le préserver. »
80 % du cheptel en zone réglementée
Chaque année, une fête des vaches et brebis lourdaises est notamment organisée au sein de la cité mariale… Sauf en 2025, la faute à la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), cette maladie virale qui touche uniquement les bovins, et dont les cas se multiplient dans le sud-ouest de la France, au grand désarroi des éleveurs. Plus que la maladie, c’est la gestion de cette épizootie par le gouvernement, imposant l’abattage total du troupeau lorsqu’un cas est détecté, qui suscite la colère actuelle des agriculteurs.
La semaine dernière, un premier cas a été détecté dans les Hautes-Pyrénées, sur la commune de Luby-Betmont, et une zone réglementée de 50 km autour de ce foyer a été fixée par le préfet. De quoi laisser craindre une propagation dans le département, qui serait d’autant plus préjudiciable pour les races locales à faibles effectifs. « Environ 80 % des effectifs de la race lourdaise se trouvent dans une zone réglementée de DNC, poursuit Cyril Bibes, par ailleurs éleveur à Bénac. Notre inquiétude, c’est que la race disparaisse ! Par exemple, moi, j’ai 25 mères lourdaises dans mon cheptel… Si, demain, un cas est détecté sur mon exploitation et qu’il faut abattre tout le troupeau, cela peut faire très mal à la race. »
En attendant la vaccination
Comme l’ensemble des agriculteurs, Cyril milite ainsi pour l’abattage partiel. « Cela s’est fait par le passé pour d’autres maladies, comme la tuberculose. Pourquoi pas avec la DNC ? » En attendant que la campagne de vaccination arrive jusqu’à son exploitation, l’éleveur, adhérent des Jeunes agriculteurs, a mis en place des mesures sanitaires préventives sur sa ferme comme la désinfection du matériel (bétaillères, barrières de contention, etc.) ou encore l’application d’un désinsectiseur sur son troupeau.

« J’espère que mes bêtes pourront être vaccinées dès la semaine prochaine. L’institut de l’élevage a notamment fait une demande prioritaire de vaccination pour les races menacées », indique le président de l’ANRBL. En espérant aussi que l’arrivée de l’hiver, avec une population moindre d’insectes, permettra d’enrayer la propagation de la DNC et apaiser, en partie, les nombreuses craintes du monde agricole.


