Le projet industriel HyLann, porté par Qair pour produire du carburant d’aviation durable à Lannemezan, devait entrer en concertation publique en mai 2025. Finalement suspendu, il reste au cœur de nombreuses interrogations économiques, écologiques et citoyennes.
La société Qair, spécialisée dans l’énergie renouvelable, envisageait de créer à Lannemezan une usine de production de carburant d’aviation durable (e-CAD), dans le cadre des objectifs de la directive RED. Un projet d’envergure estimé à 1,2 milliard d’euros, utilisant un procédé technologique innovant, le « Methanol to Jet », et reposant sur des intrants tels que l’hydrogène vert et du CO₂ recyclé.
Ce projet, co-porté par RTE pour son raccordement électrique, s’inscrivait dans la stratégie régionale de la plateforme PERLA (Peyrehitte), visant à mutualiser les ressources entre industriels.
Les garantes à l’écoute du territoire
Entre novembre 2024 et avril 2025, les garantes désignées par la Commission nationale du débat public (CNDP), Isabelle Barthe et Hoëla Falip, ont mené des entretiens avec une cinquantaine d’acteurs du territoire : élus, associations, entreprises, institutions.
De ces échanges sont ressorties plusieurs préoccupations majeures :
L’usage de l’eau en période d’étiage,
Les risques environnementaux et industriels liés au stockage d’hydrogène ou à la pollution du sol,
Les impacts cumulés avec les projets existants (SEVESO, bois énergie, CSR),
Le manque perçu de transparence sur le modèle économique et les hypothèses techniques.
Un processus participatif… stoppé net
En réponse à ces enjeux, les garantes avaient formulé une série de recommandations : extension géographique des ateliers à Tarbes et Toulouse, horaires adaptés, formats hybrides (présentiel/visio), inclusion du public jeune, débats contradictoires et serious games pour les citoyens.
Ces propositions avaient été intégrées dans les modalités présentées à la CNDP : réunions publiques, registres, site participatif, carte T, expositions et newsletters étaient au programme.
Mais coup de théâtre : Qair a sollicité la suspension de la concertation en avril 2025, évoquant des incertitudes sur les politiques publiques liées à l’hydrogène et des freins économiques. La CNDP a acté cette demande, suspendant le processus le 7 mai.
La suspension interroge : les préoccupations locales sont nombreuses, et la pression environnementale demeure. La parole recueillie par les garantes aura au moins permis de structurer les attentes du territoire pour un éventuel retour du projet sous une forme révisée.
Le dossier HyLann reste donc en suspens, à la croisée des ambitions industrielles, des impératifs climatiques et des réalités locales.
Quel avenir pour ce projet ?
Qair, entreprise indépendante d’énergies renouvelables, et Airbus, leader mondial de l’aéronautique et du spatial, avaient annoncé le 25 janvier 2024 la signature d’un protocole d’accord pour structurer conjointement la filière des carburants aviation durables (SAF) à Lannemezan en Occitanie. Le partenariat visait à identifier les opportunités commerciales et à partager des données technico-économiques pour développer une installation de production de carburant d’aviation durable (e-SAF).
Une mise en service était prévue en 2030
Qair voulait ainsi installer à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) une unité de production de kérosène vert produit à partir d’hydrogène. Le foncier avait été trouvé et sécurisé par le porteur du projet. Le chantier devait débuter dès 2027 ou au plus tard en 2028 pour une mise en service opérationnelle en 2030.
Cette unité de production devait ainsi implantée sur un site de 24 hectares dans la zone industrielle de Lannemezan.
Entre 100 et 200 emplois
Entre 100 et 200 devaient voir le jour. Le montant total de l’investissement était évalué à 800 millions d’euros. Cette usine devait permettre à Qair de contribuer au déploiement d’une infrastructure hydrogène pour l’aviation et au développement d’un véritable écosystème de carburants aéronautiques durables.






