Il a été beaucoup question des élections législatives ce vendredi 21 juin lors de la réunion des conseillers départementaux des Hautes-Pyrénées.
Le sujet a été abordé lors de sa prise de parole en début de séance par le président du Département des Hautes-Pyrénées, Michel Pélieu. Il a expliqué les raisons pour lesquelles, à titre personnel, il ne pouvait pas apporter son soutien à LFI et au NPA (voir sa prise de position en cliquant ici).
Plusieurs élus ont ensuite pu s’exprimer librement sur le sujet. Un débat où chacun a pu s’exprimer dans le calme, où les élus se sont exprimés sans se couper la parole malgré leurs divergences d’opinions.

Maryse Carrère, sénatrice et conseillère départementale de la vallée des Gaves : « J’émets un regret. Dans une cacophonie médiatique et une frénésie communicative au niveau national, j’ai un regret : c’est que tous les efforts que nous menons à une échelle départementale ne soient pas reconnus. Au mieux, ils le sont au moment des élections départementales avec des taux d’abstention au plus bas ; au pire, tout cela est oublié lorsqu’on bascule sur une élection nationale, portant les extrêmes en tête de pont. Je n’en dirai pas plus. Les programmes nationaux qui nous sont exposés et rabâchés aujourd’hui sur les plateaux de télévision à longueur de journée, manquent de soutiens aux collectivités et d’une véritable stratégie d’accompagnement de celles-ci. Si notre démocratie en est à ce point aujourd’hui, je suis certaine que les collectivités sont les plus à même d’établir sur le territoire les liens avec les citoyens. Nous risquons de perdre les DMTO. On parle de cantines gratuites. Cela a un coût et ça vient impacter les collectivités. L’avenir est plus qu’incertain politiquement, et plus qu’incertain pour nos collectivités également. J’espère qu’il y aura un sursaut le 30 juin afin de retrouver de l’humanisme, de la solidarité et un peu de supplément d’âme pour avoir un sursaut républicain. »
David Larrazabal, conseiller municipal délégué à Tarbes et conseiller départemental de Tarbes 3 : « La gratuité n’existe pas. Il y a toujours quelqu’un qui paie. La gratuité est un mot magique. C’est la foire à la saucisse. Pardon de le dire comme cela. On entend des choses totalement aberrantes, notamment les droits de succession. Il se dit qu’à partir de 4000 euros on prend tout. 4000 €, c’est tout juste le prix des obsèques. »
Joëlle Abadie, maire de Tilhouse et conseillère départementale de la vallée de l’Arros et des Baïses : « Ce fossé grandissant entre les citoyens et l’action publique ne trouve pas de solution sur les plateaux de télévision parisiens, mais bien sur nos territoires, au plus près des actions des élus locaux et des associatifs, là où s’organise le quotidien des habitants de notre département pour lesquels le mot solidarité a plus que jamais du sens, loin des outrances et des luttes d’égo. Il en va de la cohésion sociale et de la confiance nécessaire pour que les plus fragiles, de plus en plus nombreux, ne se sentent pas abandonnés ou déclassés. C’est bien là que nous avons une obligation de résultats. »

Maryse Beyrié, maire de Vielle-Aure et conseillère départementale Neste-Aure-Louron : « Dans votre propos introductif, vous avez évoqué le moment d’extrême gravité que nous sommes en train de vivre. Il y a un chef de l’État qui a décidé de jouer à l’incendiaire avec nos institutions démocratiques en précipitant de manière brutale une échéance électorale nationale, faisant courir délibérément le péril que le Rassemblement National prenne le pouvoir en France. Le péril est immense. Nous avons, au niveau de la gauche, décidé en responsabilité de mener un front de résistance face à l’extrême droite. Quoi qu’il en soit, nous sommes et nous resterons des démocrates de combat derrière les syndicats, la société civile et les citoyens qui portent cette volonté. Nous sommes convaincus que là où le péril croît, croît également ce qui le sauve. À ce stade, je voudrais souligner l’importance des Départements. Si notre institution a cette santé financière, c’est parce que le Département est gouverné, sous votre impulsion, M. le Président, de manière pragmatique, au plus près du terrain, en écoutant ce que veulent les gens, en écoutant leurs difficultés. Vous avez augmenté le FAR à cause de l’inflation. Chaque fois que nous écoutons ce qui remonte du terrain, nous sommes efficaces. Nous devons juger ensemble les personnalités et l’incarnation des personnes qui se présentent et qui défendent un programme pour que nous puissions, nous, continuer à travailler sur ce que nous pensons être le meilleur pour nos concitoyens. »

Jean Buron, maire de Bazet et conseiller départemental de Bordères-sur-l’Echez : « Dans votre introduction, vous avez donné le ton sur la situation à laquelle nous sommes confrontés. En tant qu’élu de ce département, nous ne pouvons pas passer sous silence cet épisode politique que nous vivons et qui pourrait, à terme, avoir des conséquences graves dans tous les domaines. Après la défaite cuisante du camp présidentiel aux élections européennes, la dissolution de l’Assemblée nationale a été annoncée. Cette annonce nous conduit à un véritable cauchemar car l’extrême droite peut arriver au pouvoir. Dans un tel contexte, il convient de saluer la naissance du Nouveau Front Populaire. Certes, des différences à gauche existent, mais aujourd’hui l’unité est vitale afin de créer une dynamique. Il fallait reprendre l’initiative afin de redonner de l’espoir. Seul le Nouveau Front Populaire peut battre l’extrême droite afin de constituer un gouvernement d’union pour abroger la réforme des retraites, celle de l’allocation chômage, et améliorer les petits et moyens salaires… L’espoir renaît avec un seul candidat par circonscription. Faisons battre l’extrême droite, si dangereuse. »
Gilles Craspay, adjoint au maire de Tarbes et conseiller départemental de Tarbes 2 : « Puisque nous en sommes à l’inter-lutte politique, ce qui est assez rare dans cette assemblée, j’aurais plutôt tendance à vous en être gré. Il me semble qu’il est difficile de passer cet épisode sans réagir. Je veux vous dire que, pour ma part, je me situe aux franges de la majorité de cette assemblée. Je tiens, M. le Président, à vous apporter un soutien ferme et clair. Je pense que dans vos propos introductifs, vous avez fait une analyse de la situation politique qui renvoie dos à dos deux extrémismes qui nous sont proposés et pour lesquels, en ce qui me concerne, je me sens complètement solidaire de votre analyse. Je tiens à vous le dire et à vous faire savoir que nous nous retrouverons ensemble sur cette ligne politique-là, sans faille et sans se tromper sur les enjeux des deux scrutins qui nous attendent. Car il ne faut pas s’y tromper : si d’un côté nous avons à lutter contre le retour d’un pétainisme surprenant, de l’autre la solution n’est pas le renouveau du stalinisme. »
Jean-Michel Ségnéré, maire de Horgues et conseiller départemental du Moyen Adour : « Je serai plus court que prévu. Je souscris à ce que vient de dire Gilles Craspay en grande partie. Je m’associe à ce qu’il a dit. Je vais quand même ajouter quelque chose à titre personnel. J’en veux beaucoup au président de la République et si je lui en veux, c’est parce que je l’ai voté quatre fois. J’ai le droit de lui en vouloir. Je pensais avoir voté pour un pompier. Ce qui est vrai. Mais je pense que j’ai voté pour un pompier pyromane. La dissolution est faite pour répondre à une crise, pas pour en créer une. À 10 jours du scrutin, je ne sais pas ce que je ferai moi-même dans l’isoloir. »

Frédéric Ré, maire de Lahitte-Toupière et conseiller départemental Val d’Adour-Rustan-Madiranais : « Je suis un élu de gauche. Je soutiens ce que vous avez dit, M. le Président. Tous les projets sont attaqués. Il faut des débats, oui. Mais il faut pouvoir avancer. Même si je suis de gauche, il y a des choses qui ont du mal à passer pour moi. C’est bien de rassembler la gauche. Mais comment va-t-on pouvoir derrière défendre certains projets de notre territoire ? C’est cela le sujet. On peut être de gauche et ne pas tout accepter ! Il y a des limites à tout. On verra dans quelques semaines si on s’est trompé ou pas. J’ai été à l’extrême gauche. Là, c’est trop. »
Yannick Boubée, conseiller départemental d’Aureilhan : « L’immédiateté des réseaux sociaux l’emporte sur le dialogue. Je regrette le temps où nous faisions des réunions publiques avec des salles combles et où nous pouvions échanger, discuter, partager nos doutes, où on s’affrontait rudement, mais nous nous quittions en nous faisant la bise. Je suis de ce vieux monde. Pardonnez-moi. Je n’ai pas d’ennemis. J’ai des adversaires politiques depuis 40 ans et ce sont les mêmes. Frédéric Ré dit qu’il est de gauche, je n’en doute pas un seul instant. Moi aussi, je suis de gauche. J’étais hyper malade à la vue des résultats des européennes. Mon canton, c’est trois communes : Soues, Séméac et Aureilhan. L’extrême droite a fait 40 %. Qu’est-ce qu’on a raté ? Je ne suis pas donneur de leçons. Je dis cela avec beaucoup d’humilité. On doit faire un choix crucial au niveau national. J’ai réfléchi, mais pas trop quand même. Je condamne les outrances. Je condamne les invectives. Je condamne tout ce qui n’est pas républicain. J’en ai horreur. Ceux qui me connaissent, y compris de droite, le savent. Ces outrances ne sont pas pour moi une raison nécessaire et suffisante pour ne pas rejoindre naturellement la gauche. On est d’accord, on n’est pas d’accord. On ne va pas parler du programme. Nous verrons bien. Non aux outrances, non à la violence, non à la violence verbale, oui au respect des personnes, oui au vrai débat républicain. Mais moi, en ce qui me concerne, j’ai choisi mon camp. Vous savez pour qui je voterai. »
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