Le lundi 13 janvier 2025, un protocole ambitieux a été signé entre le parquet et le tribunal de commerce de Tarbes (Hautes-Pyrénées) pour renforcer les sanctions envers les entreprises qui ne déposent pas leurs comptes sociaux. Cette initiative vise à mieux prévenir les défaillances d’entreprises et leurs répercussions sur l’économie locale, notamment sur l’emploi et le paiement des créanciers. Retour sur les enjeux et les mesures mises en place.
Le lundi 13 janvier 2025, un protocole ambitieux a été signé entre le parquet et le tribunal de commerce de Tarbes (Hautes-Pyrénées) pour renforcer les sanctions envers les entreprises qui ne déposent pas leurs comptes sociaux. Cette initiative vise à mieux prévenir les défaillances d’entreprises et leurs répercussions sur l’économie locale, notamment sur l’emploi et le paiement des créanciers. Retour sur les enjeux et les mesures mises en place.
Le cadre légal et ses implications
L’article L232-21 du Code de commerce impose aux entreprises de déposer leurs comptes sociaux annuellement auprès du registre du commerce et des sociétés (RCS). Cette obligation vise à garantir la transparence financière, essentielle pour détecter les premiers signes de difficultés économiques. Cependant, de nombreuses entreprises ne respectent pas cette règle, invoquant des raisons variées : volonté de préserver la confidentialité de leur situation économique ou, parfois, dissimulation d’une situation financière précaire.
Le non-dépôt des comptes peut avoir des conséquences graves. D’une part, il prive les institutions compétentes d’un levier essentiel pour identifier et accompagner les entreprises en difficulté. D’autre part, il engendre des risques pour les partenaires commerciaux et les créanciers, souvent exposés à des pertes importantes en cas de faillite non anticipée.
Un protocole pour une réponse graduée
Le nouveau protocole signé entre le parquet et le tribunal de commerce de Tarbes propose une réponse graduée face aux entreprises défaillantes, favorisant l’accompagnement avant la sanction. Cette approche repose sur plusieurs étapes :
- Relances initiales : Le greffier du tribunal de commerce envoie un premier courrier de rappel aux entreprises concernées, suivi d’un avertissement du président du tribunal.
- Mise en garde juridique : Si ces relances restent sans effet, la procureure de la République adresse un courrier rappelant les sanctions encourues, tant financières que pénales.
- Sanctions financières progressives : En cas de persistance du non-dépôt, une injonction assortie d’une astreinte financière quotidienne peut être prononcée, augmentant la pression sur les dirigeants.
- Poursuites pénales : Enfin, si l’entreprise refuse toujours de se conformer à ses obligations, des poursuites pénales peuvent être engagées, pouvant aboutir à des amendes ou à des contributions citoyennes au bénéfice d’associations.
Les objectifs du protocole
Pour Bérengère Prud’homme, procureure de la République de Tarbes, l’objectif principal est de prévenir les défaillances économiques avant qu’elles ne dégénèrent en situations irrémédiables.
« Si la loi a prévu cette obligation de déposer les comptes, c’est parce que, justement, c’est un moyen efficace de détecter les situations de difficulté des entreprises. Si la situation perdure, s’il y a des carences de la direction… ça peut déboucher sur une infraction pénale avec un signalement au parquet. En fait, on se rend compte que les gens, volontairement ou parce qu’ils sont englués dans leurs difficultés, ont une certaine réticence à saisir le tribunal de commerce sur les mesures de prévention, alors que c’est ce qu’il faudrait pour permettre justement d’éviter de basculer dans des situations complètement obérées », explique-t-elle.
Le protocole offre également une alternative à la divulgation publique via des procédures amiables confidentielles, permettant aux entreprises de redresser leur situation sans affecter leur image.
Jean-Michel Juillan, président du tribunal de commerce, souligne que ce protocole renforce les moyens de prévention déjà en place.
« Nous avons une cellule dédiée à l’identification des entreprises en difficulté, que ce soit à travers le non-dépôt des comptes ou des injonctions de paiement répétées. Ce protocole nous permet d’agir plus efficacement. »
Les conséquences pour les entreprises défaillantes
Les entreprises qui persistent dans leur refus de déposer leurs comptes s’exposent à des sanctions lourdes.
Le non-dépôt des comptes sociaux n’est pas seulement une question administrative : il s’agit d’un enjeu économique et social majeur. Les entreprises défaillantes, en cachant leur situation financière, peuvent entraîner dans leur chute leurs fournisseurs, partenaires et créanciers.
« Les faillites en cascade sont fréquentes et peuvent toucher des dizaines d’entreprises », avertit le procureur adjoint Julien Michel. « Il y avait déjà des rappels et des relances qui existaient dans le cadre du tribunal de commerce. Aujourd’hui, le but reste toujours que toutes les sociétés déposent les comptes. Suite aux signalements, nous apprécierons les situations de chaque société, bien sûr. S’il y a des explications, parfois, qui peuvent aller plutôt vers une alternative comme un stage payant ou une contribution citoyenne, par exemple une somme à payer pour des associations de victimes, nous pourrons adapter la réponse. Par contre, pour les sociétés qui ne donnent aucun signe de vie ou aucune explication, on ira directement en ordonnance pénale avec des poursuites correctionnelles. Il y aura même un casier judiciaire avec l’amende de cinquième classe. La contravention de cinquième classe pour le dirigeant est multipliée par cinq pour la société. La finalité, bien sûr, vise à éviter d’en arriver là et à sanctionner ceux qui ne font vraiment aucune démarche. »
Un défi à relever
Environ 20 % des entreprises du département ne déposent pas leurs comptes. Une partie de ces sociétés est en sommeil ou a cessé son activité sans accomplir les formalités nécessaires. Pour les entreprises en activité, ce protocole représente une opportunité d’agir avant qu’il ne soit trop tard.
Ce protocole signé à Tarbes marque une étape importante dans la gestion des entreprises en difficulté. En alliant prévention et sanctions, il vise à protéger l’écosystème économique local tout en responsabilisant les dirigeants. Il ne s’agit pas seulement de sanctionner, mais de soutenir les entreprises pour qu’elles surmontent leurs difficultés, préservent l’emploi et respectent leurs engagements envers leurs partenaires.


