À Bordères-sur-Echez, Diane Junqua, maroquinière, affiche un CV prestigieux. L’artisane a notamment travaillé pour la marque de luxe Hermès, après un parcours semé d’embûches. Elle reçoit les visiteurs ce week-end à l’occasion des journées européennes des métiers d’art.
Depuis que sa mère lui a mis du tissu et des aiguilles dans les doigts, elle a toujours su qu’elle vivrait de ses mains. Dans la famille Junqua, c’est comme ça. Le père est paysagiste, la mère artiste-peintre et la grand-mère couturière. La fille, Diane, a vite compris que sa place n’était pas derrière un pupitre immobile, à l’école. » J’ai toujours été très manuelle. L’équitation m’a donné le goût du cuir. Je pouvais passer des heures à observer les selles comme j’étais fascinée par celles dans les films de Western, décorées de motifs à fleurs « , se souvient la Béarnaise désormais installée à Bordères-sur-Echez, près de Tarbes. Mais la maroquinière en devenir est encore loin de se douter que pour vivre de ses mains, un long chemin de croix l’attend.
L’artisanat, c’est une chose. Mais quelle spécialité ? L’adolescente se questionne : ébénisterie ? La joaillerie ? La vannerie ? En fait, elle n’en sait rien. À 16 ans, elle sonne à la maison des compagnons du devoir à Toulouse qui l’envoie en stage dans une sellerie automobile. Pendant des mois, la Pyrénéenne découpe des fauteuils et décloute dans un coin de l’atelier. Elle le vit comme une punition. Retour dans un bureau des compagnons du devoir où elle découvre une plaquette sur la maroquinerie. Ce qui est à l’époque une porte de sortie va devenir une idée de génie.
Le Tour de France des compagnons interdit d’accès
Diane Junqua passe son brevet puis son CAP dans une maroquinerie cynotechnique. À Nice, sur la promenade des Anglais, elle fabrique des colliers pour les animaux et se rapproche de son but. Mais à la fin de la formation, alors qu’elle rêve de faire le Tour de France comme le prévoit l’apprentissage, on lui ferme la porte au nez. Impossible, en 2000, le Tour de France des jeunes artisans est réservé aux hommes. La créatrice bout. » Je le vis très mal. Sur 500 apprentis, on était que 8 filles. Pendant le repas du midi, je me faisais siffler à la cantine. En tant que fille, c’était déjà un exploit d’intégrer la formation « , livre-t-elle, visage de poupée aux cheveux roux et aux taches de rousseur avec un air de princesse Rebelle.
Puisque les compagnons du devoir ne veulent pas d’elle sur les routes de France, la maroquinière frappe à une autre porte : celle du château de Chalabre, dans l’Ariège, où elle explique aux touristes son savoir-faire pendant un été. Mais le conte de fées s’arrête en septembre. » À partir de là, j’ai passé des années de galère à accepter des jobs alimentaires. Le cuir me manquait, il m’a fallu prendre le taureau par les cornes et envoyer des candidatures pour retrouver mon coeur de métier « , se souvient-elle encore. Elle passe un entretien d’embauche dans une entreprise du Tarn spécialisée dans la sellerie western, autant dire le job de ses rêves. Mais la proposition n’aboutit pas.
Maroquinière à la table
Sur la carte de France, elle trace une ligne rouge entre le Nord et le Sud. Sauf qu’un beau jour, un point à la limite de son trait au crayon clignote. » C’était la maroquinerie de Sayat près de Clermont-Ferrand. Ils m’ont proposé une formation sur leur site avec un CDI à la clé « , s’illumine l’artisane. L’établissement travaille quasi exclusivement pour la maison Hermès. Alors, quand Diane pousse la porte, avec son sac de voyage sur le dos, elle est forcément impressionnée.
» Ici je me perfectionne, je pars du patronage pour découper, monter, assembler, coudre à la main. Je travaille sur les modèles iconiques, le Birkin, le Bolide 31 et un peu sur le Kelly « , précise-t-elle. Très vite, elle passe maroquinière à la table, c’est-à-dire le Graal. » Je reçois un sac en pièce détaché dans une caisse et j’assemble tous les éléments, fermoirs et fermetures éclair compris. Les piqueuses assurent la couture à la machine et renvoient la caisse « , détaille-t-elle. Après six ans, elle revient dans le Sud-Ouest par amour. C’est ainsi qu’elle s’installe, cette fois-ci à son compte, en 2022, à Bordères-sur-Echez, pour continuer de développer ses créations sous la marque La danse des cuirs. Diane Junqua conçoit des sacs à main, des ceintures, des pochettes, des portefeuilles et même des couvertures de livre. Surtout, elle est revenue à ses premières amours : le repoussage du cuir, c’est-à-dire le dessin artistique. Cette fois-ci, elle l’espère, c’est la dernière porte qu’elle ouvre. Parole d’une artisane qui préfère toucher du cuir.


